Amour, Gilbert, Baillon naît le 11 août 1902 à Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne), fils de Pierre Baillon, 26 ans, bouvier, et de Jeanne Gauthereau, 38 ans, journalière. Ses parents se marient le 28 novembre 1903, ce qui officialise sa légitimation.
Le 1er mars 1924, à la mairie de Rosendaël (Nord – 59), Amour Baillon épouse Hermance Fourmentel, née Figon le 5 juin 1902 à Aubry-du-Hainau (59). Ils ont trois enfants : André, né en 1924 à Rosendaël, Denise, née en 1929 à Senlis (Oise – 60) et Jacques, né en 1933 à Thourotte (60).
Lors des dénombrements de population (recensement) de 1931 et 1936, la famille est domiciliée au 73, de la rue principale de Thourotte.
Amour Baillon est ouvrier-boulanger chez Henri Vergne, au 22 rue de Paris à Gournay-sur-Aronde (60), à une vingtaine de kilomètres de son domicile.
Adhérent du Parti communiste, Amour Baillon milite dans la cellule du PCF de Thourotte.
Le 20 ou le 21 octobre 1941, probablement, il est arrêté à Thourotte, puis rapidement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht ( Frontstalag 122 – Polizeihaftlager ). Il y est enregistré sous le matricule n° 1852, peu après Télesphore Lalouette (n° 1849) ; dernier des “45000” isariens.
Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtimentsdu secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.
Le 20 février 1942, le chef de la Feldkommandantur 580 à Amiens (Somme – 80) – ayant autorité sur les départements de la Somme et de l’Oise – insiste auprès du préfet de l’Oise, Paul Vacquier [1], afin que la fiche de chaque interné du Frontstalag 122 pour activité communiste demandée à l’administration préfectorale indique « son activité politique antérieure (très détaillée si possible), ainsi que les raisons qui militent pour ou contre sa prompte libération du camp d’internement ».
Le 10 mars, le préfet de l’Oise écrit au Ministre secrétaire d’État à l’Intérieur pour lui transmettre ses inquiétudes quant à cette demande : « Étant donné que parmi les internés du camp de Compiègne une vingtaine déjà ont été fusillés en représailles d’attentats commis contre les membres de l’armée d’occupation, il est à craindre que ces autorités aient l’intention de se servir de mon avis pour désigner de nouveaux otages parmi ceux pour lesquels j’aurais émis un avis défavorable à la libération. Me référant au procès-verbal de la conférence des préfets régionaux du 4 février 1942, qui précise “qu’en aucun cas les autorités françaises ne doivent, à la demande des autorités allemandes, procéder à des désignations d’otages”, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner vos directives sur la suite qu’il convient de réserver à la demande dont je suis saisi … »
Le 24 avril, Paul Vacquier transmet à la Feldkommandantur 580 les notices individuelles des « personnes internées au camp de Compiègne, figurant sur la liste [qui lui a été] communiquée et domiciliées dans le département de l’Oise », et portant uniquement « des renseignements concernant l’état civil, la parenté et la situation matérielle ». En outre, il demande quelle suite a été réservée aux demandes de libération d’internés français qu’il a présentées dans ses lettres des 14 et 17 avril. Une notice concernant Amour Baillon figurait dans le premier courrier avec le commentaire : « Pourrait bénéficier, sans danger pour l’ordre public et les troupes occupantes, d’une mesure de libération . »
Le 13 mai, répondant à des directives concernant la désignation d’otages, le préfet de l’Oise demande au chef du gouvernement, ministre secrétaire d’État à l’Intérieur (Laval ?) d’intervenir afin de faire libérer 24 « personnes (…) non susceptibles d’être dangereuses ». Parmi celles-ci, figure Amour Baillon, « a milité comme communiste ; mais ne paraît pas dangereux ».
Enfin, le 29 juin, le préfet de l’Oise écrit à la Feldkommandantur 580 pour essayer d’obtenir la sortie du Frontstalag 122 de soixante-quatre ressortissants de son département – dont Amour Baillon – au motif « qu’aucun fait matériel d’activité communiste n’a été relevé à leur encontre depuis l’arrivée des forces allemandes dans la région », envisageant la possibilité d’interner certains d’entre eux « dans un camp de concentration français ». Sa démarche ne reçoit pas de réponse.