Anna JACQUAT, née Karpen

Matricule 31827
🕊️ Morte en déportation
Portrait documenté de Anna JACQUAT, née Karpen
Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Anna Karpen naît le 24 mai 1894 à Gilsdorfberg, dans la commune de Bettendorf au Luxembourg. Elle est l’une des sept enfants de Nicolas Karpen, ouvrier dans une briqueterie, et de Maria Adam, dont le nom reste donné avec réserve par la notice. L’invasion allemande de 1914 disperse la famille. Anna vient alors en France et travaille dans un restaurant d’Argenteuil.

Le 11 septembre 1919, à Charleville dans les Ardennes, elle épouse Victor Charles Jacquat, garçon de café né en Lorraine. Deux enfants naissent de leur union : Jean en 1925 et Denise en 1928. Le couple tient ensuite « La Petite Vitesse », un café-restaurant situé place de la Gare à Charleville, établissement qui devient un point d’appui discret pendant l’Occupation.

En 1942, Anna participe à la chaîne d’évasion organisée autour de Paul Royaux et liée à l’Organisation civile et militaire. Grâce au commerce familial, elle procure surtout du ravitaillement à des prisonniers évadés sans attirer immédiatement l’attention. Lorsque la filière est démantelée, la Gestapo arrête Victor Jacquat le 28 octobre, puis Anna deux jours plus tard. Victor est relâché le 3 novembre, les interrogatoires ayant établi qu’Anna seule appartient à l’organisation.

Le 10 novembre 1942, Anna est conduite avec d’autres femmes arrêtées dans la même affaire à la maison d’arrêt de Saint-Quentin. Le 19 décembre, elle et Marcelle Fuglesang sont transférées au fort allemand de Romainville. Anna y reçoit le matricule 1334. En janvier 1943, elle rejoint le camp de Royallieu à Compiègne avec les femmes désignées pour la déportation.

Le 24 janvier 1943, 230 femmes prennent place dans les quatre derniers wagons d’un convoi transportant également plus de 1 400 hommes. Les wagons féminins poursuivent leur route vers Auschwitz après Halle. Arrivées le 26 janvier au soir, les détenues marchent le lendemain jusqu’à Birkenau. Anna Jacquat y est enregistrée sous le numéro 31827, immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Après deux semaines de quarantaine au Block 14, les « 31000 » sont transférées au Block 26, où elles sont entassées avec des détenues polonaises et commencent à partir dans les commandos de travail. Les conditions de survie sont extrêmes : faim, froid, maladies, épuisement et violences. Anna Jacquat meurt à Birkenau à la fin de février ou au début de mars 1943 ; aucune date plus précise n’est établie par la notice.

Sa famille reçoit ensuite une information mensongère attribuant sa mort à des « maux d’estomac », formule qui masque la réalité du système concentrationnaire. Son parcours rappelle le rôle essentiel des commerces, des familles et des gestes de ravitaillement dans les filières d’évasion. Anna Jacquat demeure honorée comme résistante : arrêtée pour l’aide apportée aux prisonniers, elle est déportée et meurt quelques semaines après son arrivée à Auschwitz.