Anne-Marie Pascaline Machefaux naît le 14 novembre 1900 à La Rochelle (Charente-Inférieure / Charente-Maritime – 17), fille d’Ange Marie Saturnin Machefaux, 33 ans, marin, et d’Alphonsine Boutin, 25 ans, son épouse. Elle a trois frères : Ange, né le 22 juin 1897, péri en mer à 18 ans le 29 octobre 1915, Ambroise, né le 3 octobre 1898, et Jean, né le 15 octobre 1902, lesquels seront métallurgistes ; et trois sœurs : Madeleine, née le 25 mars 1905, Marie (“Mimi”), née le 20 janvier 1907, et Louise (“Louisette”), née le 5 mars 1910.
Le 11 juillet 1928 à la Rochelle, Anne-Marie Machefaux, habitant alors rue Henri IV, se marie avec Marcel Louis Alexandre Épaud, né le 1er juin 1901 à La Rochelle, chef-mécanicien dans la marine marchande, domicilié au 9 rue Amelot. Tous deux ont 27 ans.
Leur fils Claude Marcel Louis naît le 21 janvier 1929.
Pendant la guerre civile Espagnole, Marcel Épaud travaille pour la compagnie France-Navigation, crée par la CGT afin de ravitailler par voie de mer les républicains en lutte contre la rébellion du général Franco.
Avant la guerre avec l’Allemagne nazie, Marcel Épaud et Raymond Rabeaux – mari de Paula – se rencontrent dans le cadre du militantisme syndical. Par ailleurs, Raymond Rabeaux travaille comme soudeur spécialisé à L’Union Française, fabrique d’engrais chimique à Vaugoin La Pallice-Rochelle, où Pierre Mouchet, le mari de “Mimi”, sœur d’Annette, est chef d’équipe. Ils occupent un logement de fonction dans la même maison. Chef d’atelier aux Terres Rares, usine de produits chimiques contiguë, Ambroise Machefaux habite lui aussi un logement de fonction. Voisines, les trois familles nouent de fortes relations d’amitié, s’invitant les unes chez les autres, organisant ensemble des sorties en tandem ou à la baignade.
En juillet 1940, Jean, frère d’Annette, est fait prisonnier de guerre et conduit dans un Stalag en Allemagne.
À partir de la fin 1941, sous l’occupation, Annette Épaud tient en gérance un café à l’enseigne de L’Ancre coloniale ou du Marsouin , à l’angle de la rue des Voiliers et de l’avenue des Cordeliers à La Rochelle.
Annette loge beaucoup de clandestins et son café sert de lieu de liaison pour les responsables interrégionaux, comme Yves Tasset, cadre militaire de la résistance communiste. En outre, elle a une responsabilité locale pour les tracts et les journaux clandestins.
Parmi son réseau de relations, Noémie Durand, qui lit à Annette et son fils la lettre d’adieux de Louis, son mari, lui aussi ex-officier-mécanicien de la marine marchande, fusillé comme otage au camp militaire de Souge le 24 octobre 1941.
En mai 1942, dès que Ferdinand Vincent [1], militant communiste et ancien brigadiste, entre dans la clandestinité, il est mis en contact avec Annette Épaud et vient dans son café. Selon Félicienne, fille de Lucio et Margot Vallina, c’est précisément en venant dans le café d’Annette que celui-ci trouve le contact avec les résistants communistes de La Rochelle.
Début juillet, son fils Claude part en vacances chez la sœur de Margot Vallina, à Cognac-Saint-Jacques. Annette va lui rendre visite au milieu du mois et son fils la raccompagne vers la gare de Cognac, jusqu’au pont de Saint-Jacques. C’est la dernière fois qu’ils se voient.
Dans la même période, Annette héberge Ferdinand Vincent, a qui ont été confié des responsabilités dans la lutte armée. Celui-ci est en fuite après un échange de coups de feu qui lui a permis d’échapper à une arrestation lors d’un rendez-vous de clandestins devant gare de Jonzac (17) le 8 juillet, alors qu’un autre résistant est pris. Vincent est brièvement passé chez les Vallina, à Cognac (Charente – 16), avant de venir se réfugier chez Annette Épaud. Il se laisse pousser la moustache pour éviter d’être reconnu et prend même l’identité du mari d’Annette qui l’a quitté depuis quelques mois (sans travail et craignant d’être recherché). Vincent est bientôt rejoint chez elle par Lucien Dufès, un jeune communiste engagé dans l’action armée [2].