Anne, Marie Riffaud naît le 12 octobre 1898 à Jusix (Lot-et-Garonne – 47), où ses parents sont agriculteurs.
Elle va à l’école à Jusix, puis à Bourdelles (Gironde – 33).
À une date restant à préciser, Marie épouse Roland Richon, né le 15 août 1889 à Tonneins (47), forgeron dans une compagnie de chemin de fer. Elle travaille chez elle, faisant des tricots. Ils ont – au moins – un fils. Au moment de leur arrestation, ils sont domiciliés au 20, rue de Colmar, à Bègles, dans la banlieue de Bordeaux (33). Roland Richon est alors déclaré comme serrurier, après avoir travaillé à l’entretien aux ateliers SNCF de la Dombe, à Bordeaux (en a-t-il été révoqué ?).
Leur fils s’engage dans la résistance armée dès le début de l’occupation : en 1942, il est commandant des Francs-tireurs et partisans (FTP).
Anne et son mari collectent du ravitaillement pour les internés du camp français de Mérignac, près de Bordeaux.
Selon Charlotte Delbo, pendant l’été 1942, ils donnent refuge dans leur cave à un instituteur obligé de se cacher (s’agit-il de Pierre Giret après son évasion ?).
Le 25 mai 1942, Pierre Giret, anciennement instituteur à Argelos (Landes), désigné comme responsable à la propagande communiste clandestine sur Bordeaux, est arrêté par la brigade du commissaire Poinsot lors d’un rendez-vous devant le Parc des sports de la ville. Son épouse est également arrêtée. Interrogé les 26 et 28 mai, Pierre Giret livre rapidement des informations permettant d’arrêter quelques personnes. Le 30 mai, il échappe aux trois inspecteurs qui l’ont conduit à son domicile et son épouse s’évade d’un hôpital le 12 juin. Dans leur cavale, ils se font héberger par plusieurs familles de militants. Mais le couple est repris le 27 juillet. Pour se racheter de son évasion, Pierre Giret complète spontanément ses premières déclarations sur l’organisation communiste clandestine (son épouse, de son côté, livrant ce qu’elle sait), puis il se met totalement au service de la police française et de la Gestapo de Bordeaux ( KDS ) comme indicateur et agent provocateur, notamment dans les Landes. Le 30 juillet, Raymond et Félicienne Bierge sont arrêtés ; lui sur son lieu de travail, elle à son domicile qui est perquisitionné. Le même jour ou un peu plus tard, Raymond et Paula Rabeaux sont également arrêtés.
Le 29 août 1942, Marie et Roland Richon sont arrêtés chez eux. On ne sait rien des circonstances de cette arrestation. Un jour d’été, leur neveu, combattant FTP, vient pour les voir et trouve la maison vide. Des tickets d’alimentation, quelques vieilles pommes de terre et du pain très rassis, sont restés sur la table. Il interroge les voisins : ceux-ci n’ont pas vu les Richon depuis environ une semaine.
Par la suite, Marie Richon est emprisonnée au fort du Hâ, à Bordeaux.
Le 14 octobre 1942, elle est parmi les soixante-dix hommes et femmes – dont trente-trois futures “31000” (les “Bordelaises” et les Charentaises) – transférés depuis le Fort du Hâ et la caserne Boudet de Bordeaux au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Anne, Marie, Richon y est enregistrée sous le matricule n° 965. Pendant trois semaines, les nouveaux arrivants sont isolés, sans avoir le droit d’écrire, puis ils rejoignent les autres internés (hommes et femmes étant séparés mais trouvant le moyen de communiquer).
Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 21.1 »). Le lendemain, Marie Richon fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.
Le lendemain matin, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).