Christiane « Cécile » BORRÁS

Née Charua
Matricule indiqué 31650 ; notice également 31714
🌿 Rescapée de la déportation
Portrait documenté de Christiane « Cécile » BORRÁS
Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Christiane Charua naît le 18 juillet 1915 à Calais. Réfugiée avec sa famille à Conflans-Sainte-Honorine pendant la Première Guerre mondiale, elle connaît une enfance difficile et travaille dès treize ans dans la couture puis la fourrure. Mariée à dix-sept ans, mère à dix-neuf et divorcée à vingt et un, elle confie sa fille à une nourrice en 1941 pour entrer dans la Résistance.

Sous le pseudonyme « Cécile », elle agit dans l’appareil clandestin du Parti communiste. Elle assure des liaisons, transporte du matériel, trouve des refuges et aide les ateliers d’impression. Après l’arrestation des imprimeurs le 18 juin 1942, elle déjoue un temps la filature, déménage et reçoit une nouvelle mission : procurer des tickets d’alimentation aux clandestins de la banlieue parisienne.

Arrêtée durant l’été 1942, elle passe par le Dépôt. Le 20 août, elle est transférée au fort de Romainville avec Lucie Mansuy et reçoit le matricule 643. Le 24 janvier 1943, elle quitte Compiègne dans le convoi des 230 femmes. À Auschwitz, la notice mentionne le numéro 31714, tandis que son titre et la photographie indiquent 31650 : l’incohérence reste signalée.

À Birkenau, Christiane traverse les Blocks 14 et 26 puis rejoint Raïsko, où plusieurs Françaises travaillent dans un laboratoire agricole. En janvier 1944, elle est envoyée à Ravensbrück, puis au kommando de Beendorf, usine souterraine creusée dans une mine de sel. Les détenues y fabriquent du matériel pour l’industrie d’armement dans des conditions épuisantes.

Au printemps 1945, l’évacuation les entraîne dans un train qui erre sous les bombardements. Les prisonnières manquent presque totalement de nourriture et doivent enterrer les morts lors des arrêts. Après un passage par Sasel, près de Hambourg, leurs gardiens annoncent enfin leur libération. Christiane gagne la Suède avant d’être rapatriée par avion à Villacoublay en juin 1945.

Après son retour, elle épouse José Borrás, historien et survivant de Mauthausen. Ils ont deux fils et vivent notamment à Coulommiers. Christiane maintient le lien avec ses anciennes compagnes et porte leur histoire. Après la mort de son mari, elle s’installe à Guingamp auprès de ses enfants, sans cesser d’incarner la mémoire du convoi.

« Cécile » meurt à la fin d’octobre 2016, âgée de cent un ans. De l’adolescente ouvrière à la résistante clandestine, de l’enfer des camps à une très longue vie de témoin, son parcours couvre un siècle. L’incertitude de matricule n’enlève rien à l’identité et à l’engagement que ses archives permettent de restituer.