Émilia KÉRISIT

Née Thoreau, reconnue Baliteau, dite « Léa »
Matricule 31783
🕊️ Morte en déportation
Portrait documenté de Émilia KÉRISIT
Émilia KÉRISIT, née Baliteau. Collection Gérard Kérisit, son petit-fils. Droits réservés.
Émilia Thoreau naît le 30 juillet 1895 à Jaunay-Clan, dans la Vienne. Elle est reconnue et légitimée sous le nom de Baliteau après le mariage de sa mère. Domestique, elle épouse en 1917 Victor Kérisit, artisan menuisier. Installé à Tours, le couple a trois fils. Émilia, dite « Léa », obtient plus tard son diplôme d’État d’infirmière. Elle travaille à la maison de santé Saint-Gatien, près de la cathédrale de Tours. En 1940, elle est infirmière-major dans une ambulance de Saint-Pierre-des-Corps et soigne des militaires blessés. Son fils aîné est prisonnier de guerre. Sous l’Occupation, ses fonctions et ses relations lui permettent de venir en aide à des fugitifs de toutes origines. Léa organise une chaîne de franchissement de la ligne de démarcation pour des soldats évadés, des personnes juives et d’autres personnes recherchées. Elle les oriente vers l’abbé Henri Dupont, puis vers les familles Maurice et Pouponneau. Un homme se présentant comme prisonnier évadé découvre la filière ; arrêté plus tard, il livre aux Allemands l’identité de ses membres. Le 23 septembre 1942, Émilia est arrêtée à Tours en quittant son travail, encore vêtue de sa tenue d’infirmière. Écrouée à la maison d’arrêt de Tours, elle est transférée le 6 novembre au fort de Romainville avec dix-sept autres Tourangelles. Elle y reçoit le matricule 1173 et partage pendant plusieurs mois la chambrée d’Hélène Fournier. Le 23 janvier 1943, Léa rejoint Royallieu à Compiègne, puis est déportée le lendemain avec les 230 femmes du convoi. Arrivée à Auschwitz le 26 janvier, elle entre à Birkenau le 27 et reçoit le matricule 31783. Le 3 février, elle est photographiée à Auschwitz-I selon le protocole anthropométrique imposé aux détenues. Le 24 février, Émilia est affectée comme infirmière au Revier du camp des femmes. Elle y soigne notamment Marie-Claude Vaillant-Couturier, atteinte du typhus. L’administration SS enregistre sa mort le 25 mai 1943 en invoquant mensongèrement une insuffisance cardiaque. Plusieurs compagnes rescapées confirment après-guerre son décès à Birkenau au cours de ce mois. Le titre de Déportée résistante lui est attribué à titre posthume en 1970. Ses proches avaient longtemps tenté d’obtenir de ses nouvelles sans connaître son sort. Derrière le matricule 31783 demeure « Léa », infirmière, épouse et mère de trois fils, qui utilise son métier et ses liens locaux pour conduire des fugitifs vers la liberté.