Eugenia Baskine naît le 7 mars 1889 dans un village du gouvernement de Kherson, en Ukraine alors intégrée à l’Empire russe. Infirmière à domicile en Italie pendant la Première Guerre mondiale, elle a un fils, Simon, en 1917. Mariée à l’ingénieur Emmanuel Rivkine à Gênes en 1921, elle s’installe ensuite à Paris et francise son prénom en Eugénie.
Après la disparition de son mari parti en Russie, elle élève seule son fils et travaille comme finisseuse dans la confection. Naturalisée française, elle est connue dans le 11e arrondissement sous le surnom de « Jeanne la Russe ». Elle milite au Secours rouge international, au Comité des femmes contre la guerre et le fascisme, puis reste active après l’interdiction du Parti communiste.
En 1941, elle participe à la mobilisation des femmes lors de manifestations parisiennes. À la veille de la rafle du Vélodrome d’Hiver, en juillet 1942, elle tente d’avertir des familles juives. Elle demeure en contact avec des militants clandestins et intervient pour organiser la récupération de trois pistolets cachés par un résistant arrêté.
La police française remonte jusqu’à elle après les interrogatoires d’octobre 1942. Eugénie est photographiée par l’identité judiciaire le 23 novembre, puis internée au fort de Romainville le 15 janvier 1943 sous le matricule 1440. Huit jours plus tard, elle est transférée à Royallieu et déportée le 24 janvier avec les 230 femmes du convoi.
Arrivée à Auschwitz le 26 janvier, Eugénie entre à Birkenau le lendemain et reçoit le matricule 31837. Elle se déclare orthodoxe grecque et séparée ou divorcée. Le 3 février, elle est photographiée à Auschwitz-I. Une semaine plus tard, lors d’une sélection punitive menée après des heures d’appel dans un froid extrême, elle ne parvient pas à courir assez vite.
Le 10 février 1943, Eugénie est envoyée au Block 25, où les prisonnières restent presque sans eau ni nourriture avant la mort ou la chambre à gaz. L’administration SS enregistre son décès le 19 février en indiquant une fausse cause médicale. Elle a cinquante-trois ans. Ses compagnes conservent le souvenir de « Jeanne la Russe ».
Après-guerre, aucun proche ne demande en son nom un statut de déportée, et son dossier administratif demeure presque vide. Derrière le matricule 31837 reste pourtant une infirmière, ouvrière, mère et militante, passée par plusieurs pays avant de faire de son quartier parisien le terrain d’un engagement contre la guerre, le fascisme et les persécutions.