Eugénie Korzeniowska naît le 11 novembre 1901 en Pologne et grandit à Lublin. Son père, cheminot et socialiste, participe à la révolution de 1905 avant d’être déporté en Sibérie. Cet environnement familial est le premier élément connu de son histoire. Les archives disponibles restent cependant trop fragmentaires pour reconstituer précisément sa jeunesse, ses études et les circonstances complètes de son départ de Pologne.
En 1931, Eugénie vient en France. L’inspectorat polonais auprès de l’ambassade de Pologne la nomme institutrice dans une école proche de Saint-Étienne, entretenue par les Mines pour les enfants de mineurs polonais. Elle exerce ainsi un métier d’enseignement au sein de la communauté immigrée. Atteinte de coxalgie, une affection grave de la hanche, elle boite fortement, particularité dont ses compagnes se souviendront.
Pendant la guerre, elle est vraisemblablement liée au réseau polonais Monika et connaît la famille Brabander. La notice emploie toutefois le conditionnel : son affiliation, la nature de son éventuelle activité clandestine et les circonstances de son arrestation ne sont pas documentées avec certitude. Eugénie arrive au fort de Romainville le 2 octobre 1942, le même jour que plusieurs autres Polonaises, dont Karolina Konefal.
En janvier 1943, elle est intégrée au groupe des 230 femmes rassemblées à Compiègne. Le 24 janvier, elles montent dans les quatre derniers wagons d’un convoi emportant aussi plus de 1 400 hommes. Après la séparation du train à Halle, les femmes atteignent Auschwitz le 26 janvier au soir. Le lendemain, elles sont conduites à pied jusqu’au camp de femmes de Birkenau.
Eugénie Korzeniowska y est enregistrée sous le matricule 31700, tatoué sur son avant-bras gauche. Le 3 février 1943, elle est photographiée à Auschwitz-I selon les procédures anthropométriques imposées aux détenues. Son portrait concentrationnaire a été conservé. Derrière le numéro et l’image subsiste l’institutrice venue de Lublin, dont la santé est déjà fragilisée par son handicap au moment où commence l’épreuve de Birkenau.
Ses compagnes ne la voient que peu de temps dans le camp. Mémoire Vive pose une question qui reste sans réponse : Eugénie est-elle sélectionnée lors de la « course » punitive du 10 février 1943 puis enfermée au Block 25 parce que sa coxalgie la rend infirme ? Aucun document cité ne permet de l’affirmer. Elle disparaît néanmoins très tôt après l’arrivée du convoi et ne revient pas de déportation.
La date et les circonstances exactes de sa mort demeurent inconnues. Cette incertitude doit rester visible, car elle reflète la destruction des traces et l’extrême brièveté de son passage à Birkenau. La mémoire d’Eugénie Korzeniowska repose sur quelques faits sûrs : son origine polonaise, son métier d’institutrice en France, sa détention à Romainville, son matricule 31700 et sa disparition à Auschwitz. Les restituer sobrement empêche que son existence soit réduite au silence administratif.