Germaine Pirou naît le 9 mars 1918 à Scrignac (Finistère – 29) dans une famille de quatre filles d’agriculteurs.
Arrêtée pour un acte de défi
En 1942 Germaine Pirou est serveuse dans un café de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine – 35), Au Petit Matelot , où viennent boire les marins de la Kriegsmarine .
Un soir de novembre, le café est plein, un des navires doit appareiller. Elle déteste cette clientèle, elle est exaspérée. Charlotte Delbo rapporte ses propos : « Vous croyez gagner la guerre, mais vous ne la gagnerez pas. Vous partez, mais vous ne reviendrez pas. vous crèverez tous, tous. Les Anglais vont arriver et ils vous couperont le cou. Je le sais. Je suis renseignée. Je suis communiste. »
Elle n’est pas communiste, elle n’a pas d’engagement politique. Elle n’appartient à aucun réseau de Résistance. Ses propos résonnent comme un défi, un cri.
Un mois plus tard, le 17 décembre 1942, Germaine Pirou est arrêtée par la Gestapo à son lieu de travail, Au Petit Matelot . Elle est confrontée à deux matelots qui sont revenus.
Germaine Pirou est incarcérée à la prison de Saint-Malo, puis à celle de Rennes (35).
Le 30 décembre 1942, elle est transférée au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Charlotte Delbo note : « À temps pour le départ. » Charlotte Pirou y est enregistrée sous le matricule n° 1354.
Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).
Le lendemain, Germaine Pirou fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Dans un courrier adressé au sous-préfet de Compiègne, le commissaire de police de la ville indique : « … dans le courant de l’après-midi, trois camions allemands ont amené au camp de Royallieu une centaine de femmes dont on ignore la provenance. Selon des indications recueillies auprès de personnes habitant aux abords du camp, ces femmes auraient entonné La Marseillaise et L’Internationale ». Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.
Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne – sur la commune de Margny – et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).
En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL [2] Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise .
