Hussigny. Au premier plan, les hauts-fourneaux, la gare et une cité ouvrière. À l’arrière plan, le village. La frontière luxembourgeoise s’étend quelques mètres à gauche de la voie ferrée. Carte postale d’après-guerre, collection mémoire Vive.
Le 14 février 1925, à la mairie d’Hussigny-Godbrange, âgée de 18 ans, Germaine Perraux se marie avec Marius Renaudin, né le 10 février 1900 à Villerupt (25 ans), monteur en fer (en 1931, il travaillera à Longwy). Ils ont trois enfants : Gaston, né le 1er mars 1926, Josette, née en 1927, et Mathilde, née en 1929, tous les trois à Hussigny. Au recensement de 1926, le couple et leur fils habitent chez la grand-mère de Germaine, Marie Elter, veuve depuis – au moins – 1920.
Germaine Renaudin © Collection familiale.
Germaine adhère au Parti communiste en 1930. Marius Renaudin devient secrétaire d’une cellule communiste à Hussigny-Godbrange. Germaine et lui sont des figures connues du mouvement communiste du bassin de Longwy. Le sidérurgiste sera chassé des usines et mines du bassin en raison de son engagement. En 1934, Marius Renaudin est secrétaire du rayon de Longwy. Après les grèves victorieuses de 1936, les syndicats imposent sa réembauche à la mine. En 1939, il est secrétaire de la section de Villerupt et membre du Comité régional du PCF.
En 1939, Marius Renaudin est mobilisé. Appelée à devenir zone d’opérations militaires, la Lorraine est partiellement évacuée au début de septembre 1939, puis encore une fois après le 10 mai 1940. Embarqués dans des wagons à bestiaux à la gare d’Hussigny-Godbrange, Germaine et ses enfants sont repliés sur la Gironde (33) et s’installent à Lesparre, dans le Médoc, à 60 km au nord de Bordeaux.
Lesparre, vue générale. Carte postale d’après guerre. Collection Mémoire Vive.
Marius Renaudin ne peut pas les rejoindre : fait prisonnier de guerre le 19 juin 1940, il est conduit au Stalag VIII C à Sagan (aujourd’hui Żagań), en Basse-Silésie, alors en Allemagne.
Germaine et ses enfants avant son arrestation. © Collection familiale.
Le 10 février 1941, Germaine est placée en résidence surveillée sur arrêté du préfet de Gironde, mais n’en continue pas moins à distribuer des tracts la nuit, à donner refuge à des combattants clandestins. Elle est en contact avec Armand Gili, Paul Dupont (commandant Hardy), Arthur Jonet, Jules Polotte (?) et Henri Sarazin (?).
En 1942, le commissaire de police de Lesparre la prévient qu’il doit l’arrêter. Elle ne bouge pas. Au cours de la perquisition de son domicile, les policiers trouvent le revolver de son mari. Le juge lui dit : « Madame, je ne l’ai pas vu ». Quand Germaine refuse de signer le procès-verbal, il lui dit doucement « Madame, vous vous mettez dans un mauvais cas » (il sait que le parti communiste a donné consigne à ses militants de ne jamais rien signer : refuser de signer, c’est se dévoiler). Cependant, pour cette fois-là, Germaine est sauve. Mais les juges changent et les dossiers restent.
Le 25 mai 1942, Germaine Renaudin est arrêtée chez elle, à Lesparre, par un policier français (qui sera fusillé à la Libération) qu’accompagne un agent de la Gestapo
Après avoir passé la nuit au commissariat de Lesparre, elle est d’abord conduite à la caserne Boudet, rue de Pessac à Bordeaux, qui dispose d’une prison militaire, puis au fort du Hâ.