Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Germaine Charles naît le 27 mars 1908 à Paris, dans une famille modeste. Fille d’un employé de bureau, elle grandit à Montigny-Beauchamp et poursuit sa scolarité jusqu’au certificat d’études. En 1925, sa famille s’installe à Périgueux, où Germaine apprend la couture. En 1932, elle épouse Jean Cantelaube, ajusteur-monteur aux chemins de fer. Le couple s’établit ensuite à Bordeaux.
Jean s’engage dans le mouvement syndical et politique des cheminots. Révoqué par la SNCF en juillet 1940, il poursuit clandestinement ses activités et conserve des tracts à leur domicile, avec l’accord de Germaine. Arrêté en novembre 1940, il est interné puis fusillé comme otage au camp de Souge le 24 octobre 1941. Son corps est placé dans une fosse commune interdite à sa famille.
Malgré cette perte, Germaine continue son engagement. Employée à l’école primaire Belcier, elle transporte du matériel, assure des liaisons et héberge des résistants. Le 28 août 1942, elle est arrêtée à son domicile. Elle est détenue à Bordeaux, puis transférée le 16 octobre au fort de Romainville, où elle reçoit le matricule 964. Pendant son interrogatoire, elle refuse de se soumettre et crache au visage du commissaire qui la questionne.
Le 24 janvier 1943, Germaine est déportée avec 229 autres femmes. Elle arrive à Auschwitz le 26 janvier au soir et reçoit le matricule 31740, tatoué sur son avant-bras gauche. Le 3 février, elle est photographiée selon les trois vues d’immatriculation. Après la quarantaine, elle est enfermée dans un block surpeuplé, où le froid, la faim et les maladies épuisent rapidement les corps.
Germaine meurt de la dysenterie au quartier des malades de Birkenau le 6 avril 1943. L’état civil français enregistrera son décès à la date du 31 mars. Elle avait 35 ans.
Après la guerre, les survivantes annoncent sa mort à l’école où elle travaillait, puis à son frère et à sa mère. Des années plus tard, sa mère vit encore seule avec ses souvenirs, fière de cette fille qui avait voulu venger son mari et poursuivre le combat qu’ils avaient commencé ensemble. Germaine avait déjà perdu l’homme qu’elle aimait lorsqu’on lui arracha à son tour sa liberté et sa vie. Sa mère dut continuer à attendre dans une maison où ni sa fille ni son gendre ne franchiraient plus jamais la porte.