Henri Gaget naît le 21 janvier 1912 dans le hameau de Bourgneuf sur la commune de Dadonville, village d’une centaine d’habitants près de Pithiviers (Loiret – 45), fils de Paul, Georges, Euphémie, Gaget, 38 ans, et Clémence Marie Thérèse Giry, 30 ans, son épouse, tous deux agriculteurs. Une entrée de leur ferme se trouve au bout de la rue de la Croix-rouge, sur la gauche en allant vers Denainvilliers. Ils ont déjà eu quatre filles : Henriette et Françoise, jumelles nées le 24 janvier 1907, Cécile, née le 13 octobre 1908, Lucienne, née le 3 avril 1910 ; puis naitront Georgette, le 13 novembre 1915, Georges, le 1er octobre 1917, François, le 8 octobre 1919, Yvette, le 7 juin 1921 et Suzanne, le 24 mars 1923.
En août 1914, Augustin Giry (1836-?), père de Thérèse, cultivateur, maire et conseiller d’arrondissement – qui a probablement marié sa fille et inscrit ses premiers petits-enfants à l’état civil – refuse d’afficher l’ordre de mobilisation générale, estimant qu’il existe des solutions plus pacifiques. Son mandat s’achève en 1917…
Paul Gaget, le père de famille, âgé de 58 ans, décède le 22 juillet 1931. Henri, âgé de 19 ans mais aîné des trois frères, reprend la ferme familiale sous l’autorité de sa mère, Thérèse Gaget-Giry. Pour l’y aider, son frère Georges interrompt ses études à l’école supérieure de la rue Beaurieux à Pithiviers.
Henri Gaget est de la classe 1932, mais l’appel à accomplir son service militaire est ajourné pour cause de bronchite. Puis le Conseil de révision le déclare inapte à la cavalerie et aux armes motorisées. Mais, en 1933, il est déclaré bon pour le service. Le 26 avril 1934, Henri Gaget rejoint le 11e régiment de tirailleurs algériens ; il est affecté à Sétif, en Algérie. Le 25 septembre suivant, il est nommé caporal. Le 20 mars 1935, il est renvoyé dans ses foyers en congé de libérable, titulaire d’un certificat de bonne conduite. En juillet 1937 (période de moisson), il sera appelé comme réserviste à accomplir une période d’exercices militaires à La Courtine (Creuse).
Au moment de son arrestation, Henri Gaget est célibataire.
Membre d’un syndicat agricole, il est sympathisant du Parti communiste sans que l’on sache s’il y a adhéré, bien que la Brigade mobile d’Orléans le désigne comme « chef de la cellule de Dadonville », motif qui “expliquera” son arrestation. À la ferme, on lit le journal La Terre , hebdomadaire à destination des agriculteurs fondé en janvier 1937 par le député communiste Waldeck Rochet. En 1938, depuis la Fête de L’Humanité , Henri Gaget envoie à son frère Georges une carte co-signée avec son beau-frère, Robert Painchault.
En 1937, Georges était parti accomplir son service militaire. Toujours sous les drapeaux fin août 1939, il est fait prisonnier de guerre le 3 juin 1940, peut-être à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et envoyé aux Stalags VI-A, puis VI-C.
Le 2 septembre 1939, Henri Gaget est rappelé à l’activité militaire par l’ordre de mobilisation générale et affecté au 4e Régiment de Tirailleurs marocains à Bourges. Mais, le 1er mars 1940, il est réformé temporairement n° 2 pour « extra-systolie, cœur vibrant rapide, hypertension maxima … » ; il est renvoyé dans ses foyers le lendemain.En 1939, son frère François, qui a fait un apprentissage de pâtissier, est mobilisé à son tour. Blessé au cours de la Campagne de France, il est à l’hôpital (à Montluçon ?) au moment de la défaite, ce qui lui évite d’être fait prisonnier.
Le 27 septembre 1939, le commissaire de police et le capitaine de la garde mobile de Pithiviers effectuent une série de perquisitions aux domiciles respectifs des militants communistes de l’arrondissement, puis transmettent au Parquet d’Orléans tous les documents délictueux saisis ainsi que la liste complète des adhérents, sans doute déposée au Greffe d’Orléans. Mais, cette liste semble ensuite s’être égarée. Le nom de Henri Gaget y figurait-il ?
Le 24 décembre 1940, sa sœur aînée Françoise, épouse Ferrage, âgée de 33 ans, décède de maladie après la naissance de son deuxième enfant. Ses deux jeunes fils, Michel, 3 ans, et François, 1 an, sont pris en charge à la ferme familiale.
Henri Gaget a pour amis André Robillard [1], dessinateur pour le tramway Pithiviers-Toury, et le jeune Pierre Roux, 20 ans, de Dadonville, boulanger alors sans travail après avoir perdu un emploi en région parisienne. Celui-ci est arrêté à Pithiviers le 29 mars 1941 pour « distribution de tracts anti allemands », puis écroué à Orléans. Il s’y trouvera encore en septembre après avoir espéré être libéré en juillet, ayant écrit à Henri qu’il craignait d’être envoyé plus loin « dans un de ces camps réservés pour nous ».
Le 21 mai 1941, dans son rapport hebdomadaire sur le communisme en France, transmit à l’Office central de sécurité du Reich ( Reichssicherheithauptamt – RSHA) à Berlin, le service ( Amt ) IV A 1 de la Gestapo de Paris rend compte : « Dans ce département [le Loiret] , on note un regain de propagande communiste ; on a observé par exemple à Bourgneuf des réunions communistes secrètes plus fréquentes où on a noté la présence d’un certain Gaget et de son complice Perdigean. Une enquête sur cette affaire est actuellement menée par la police française. »