Henriette PIZZOLI

Matricule 31626
decede
Portrait documenté de Henriette PIZZOLI
Crédit non indiqué par la source
Convoi 31000

Henriette Fernande Papillon naît le 5 mars 1920 à Romainville [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93), fille de Fernand, Henri Papillon, 28 ans, cordonnier puis ouvrier en fer, et d’Henriette, Albertine, Ganter, son épouse (mariés le 3 mai 1919 à Bagnolet).

Le 12 mai 1935, Fernand Papillon est élu conseiller municipal communiste de Romainville sur la liste conduite par Pierre Kérautret.

En 1937, Henriette adhère au Jeunes filles de France sans y avoir de responsabilité particulière.

Elle a pour tante Gabrielle – sœur de son père – née le 16 janvier 1896 et mariée à Marcel Éthis, né le 23 novembre 1894 à Montreuil-sous-Bois (93), artisan fondeur en cuivre [2] qu’elle aide dans sa petite entreprise. Ils sont domiciliés au 33, rue de la Fraternité à Romainville, l’atelier de Marcel étant attenant à leur pavillon (en 2026, remplacés par un immeuble récent). Ils n’ont pas d’enfant. Avant la guerre, ils sont sympathisants du Parti communiste ; Marcel est adhérent aux Amis de l’Union soviétique .

Le 19 novembre 1938, à Romainville, Henriette, 18 ans, se marie avec Joseph Pizzoli, 24 ans, né à Bologne (Italie), ajusteur, effectuant alors son service militaire au 21e régiment de tirailleurs algériens à Épinal (Vosges), ce qui lui confère probablement la nationalité française. Le 29 mai 1939, Henriette met au monde leur fille, Huguette.

Le 15 février 1940, le conseil de préfecture de la Seine déchoit Fernand Papillon, père d’Henriette, de son mandat électif pour appartenance au Parti communiste.

Après la déclaration de guerre, Joseph Pizzoli, le mari d’Henriette, est mobilisé. En juin 1940, il est fait prisonnier et envoyé en Allemagne. Henriette est alors cartonnière, manutentionnaire aux Laboratoires Uclaf, route de Noisy à Romainville. Elle est domiciliée au 31 rue de la Fraternité.

Sous l’occupation, ses oncle et tante, les Éthis, sont surveillés : une note de police datée du 20 octobre 1941 constate que « l’enquête effectuée sur [le compte de Gabriel Éthis] et les renseignements recueillis ne permettent pas de confirmer qu’il se livre actuellement à de la propagande clandestine. La visite domiciliaire [perquisition] n’a donné aucun résultat. » (… du matériel clandestin aurait pu être déménagé avant cette date).

Henriette Pizzoli s’est engagée dans une liaison avec un garagiste du voisinage (domicilié au 65 avenue Galliéni), Alphonse Baconier, homme marié âgé d’une quarantaine d’années. Propriétaire d’un camion, il utilise celui-ci pour le compte de la société allemande SSK Staffel [?] à Mouy (Oise). Selon Charlotte Delbo, quand Henriette veut rompre, celui-ci, furieux, menace de la tuer. Apeurée, elle va porter plainte. Le commissaire de Romainville écoute la plaignante et, comme on lui a signalé que ce garagiste fait du marché noir, il ouvre une enquête ; peut-être pour le faire tenir tranquille. Cependant, les rapports de police relatent autrement le déroulement des faits. Lors de son interrogatoire ultérieur, Henriette Pizzoli indiquera que Baconier l’ayant menacée – non pas de mort, mais plus probablement de la dénoncer pour un motif ou pour un autre – elle lui confie, « pour juger de la portée de la menace », que son mari se serait évadé d’Allemagne et se trouverait chez sa mère, Madame Papillon. Et, effectivement, le 19 mai, au 33 place de la Madeleine, Baconier se présente à un Feldpolizeï « pour lui signaler [les] nommés Papillon et Pizzoli, […] réputés comme communistes dangereux. Conduit à la direction générale des Renseignements généraux, l’informateur […] a déclaré que le nommé Papillon et Pizzoli, gendre du précédent et évadé d’Allemagne, devaient se trouver à 13 heures, le même jour, 11 rue Galliéni à Romainville, domicile des époux Papillon. Vers 13 h 30, un inspecteur placé à 60 mètres du dit lieu a été accosté par un cycliste qui lui a fait la réflexion suivante : “Vous êtes brûlé” ». L’affaire en reste probablement là, mais la trahison de Baconier est dévoilée.

Dans la nuit du 21 au 22 juin 1942, dix-neuf détenus communistes s’évadent du camp d’internement allemand de Royallieu à Compiègne ( Frontstalag 122) par un tunnel creusé dans le sol jusque de l’autre côté de la clôture, puis se dispersent par groupes de deux.

Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : le « camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Louis Thorez et Henri Le Gall longent l’Oise dans l’obscurité jusqu’à la gare de Verrière, où il prennent un train en direction de Paris vers 7 h 30. Toujours accompagné de Le Gall, Thorez se présente chez Alphonse Baconier, son presque beau-frère (son épouse est la sœur de lait de celui-ci), en lui demandant de les accueillir pour quelques jours. Se disant dans l’impossibilité de les héberger, Baconier sollicite l’aide d’Henriette Pizzoli. Laquelle accepte de les héberger et leur laisse son domicile pour s’installer elle-même chez ses oncle et tante, les Éthis. Sachant que ceux-ci disposent d’un jardin potager leur permettant de se fournir en légumes sans ticket de rationnement, elle leur demande également de pourvoir chez eux au déjeuner des deux hommes. Marcel et Gabrielle acceptent pour lui rendre service, sachant qu’Alphonse Baconier continue à l’importuner et à la menacer physiquement.