Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.
Adrien Lamboley naît le 10 février 1902 à Belfort (90), chez ses parents, Aristide Lamboley, 22 ans, frappeur, et Marie Still, son épouse, 20 ans, domiciliés au 164, faubourg des Vosges ; les deux témoins sont des forgerons (collègues du père ?). La famille semble avoir déménagé avant le recensement de 1906.
Plus tard, Adrien Lamboley se fait appeler Marcel.
Il est agent hospitalier (garçon de service) de l’Assistance publique à l’hôpital Laënnec, au 42, rue de Sèvres, à Paris 7e, où il habite un logement de fonction (c’est l’adresse de son domicile au moment de son arrestation).
Entrée de l’hôpital Laënnec dans les années 1910. Carte postale voyagée en juin 1933. Coll. Mémoire Vive.
Le 8 mars 1924 à la mairie du 7e arrondissement, il se marie avec Eugénie Miquel, née à Ornaison (Aude) le 5 septembre 1900, infirmière dans le même établissement. Ils auront deux enfants.
Selon le témoignage de Georges Dudal, rescapé, il est connu comme boxeur sous le nom de “Kid Marcel” ; mais il se peut qu’il ne s’agisse que d’un sobriquet en allusion à un sportif connu à l’époque [1]. Lui même déclarera n’avoir « jamais appartenu à aucun parti politique quel qu’il soit » et s’intéresser « uniquement aux sports ».
D’après le certificat établissant ses activités de résistance, Marcel Lamboley entre dans le réseau “Armée des Volontaires” en octobre 1940.
En mars ou avril 1941, il fréquente un café situé à l’angle des rues de Rennes et du Vieux Colombier. Un jour, au cours d’une partie de cartes, discutant de la situation générale avec un consommateur, il tombe d’accord avec celui-ci au point de vue politique. Lui montrant un tract intitulé Pantagruel , l’individu ajoute : « Si tu veux, je t’en passerai quatre ou cinq de temps en temps ». Sans chercher à le connaître davantage, Marcel Lamboley accepte et diffuse ces quelques tracts à des camarades, soit à l’hôpital, soit à l’extérieur. Il met cet « approvisionneur » anonyme en relation avec une collègue de l’hôpital, Denise G., qui se rend également au café. L’inconnu confie alors à celle-ci quinze photographies du général de Gaulle, vendues 10 francs pièce, et dont elle remet le produit à Marcel Lamboley, qui le remet à son tour à son contact anonyme. Denise G. est arrêtée vers le 13 septembre suivant, en même temps que Lucien R., tous deux inculpés d’infraction au décret du 24 juin 1939 « relatif à la répression de la distribution et de la circulation de tracts d’origine ou d’inspiration étrangère ».
Le 24 septembre 1941, Marcel Lamboley est arrêté à son domicile par deux inspecteurs de la brigade spéciale n°1. Après son interrogatoire dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police – au cours duquel il admet les faits -, il est inculpé pour le même motif que les deux autres personnes arrêtées et conduit au Dépôt (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité), où il les rejoint, tous étant mis à la disposition du procureur de la République.
Le 13 novembre, les trois prévenus comparaissent devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Marcel Lamboley à six mois d’emprisonnement. Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), puis à la Maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise / Yvelines) jusqu’au 5 mars 1942.
Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916. Carte postale. Collection Mémoire Vive