Alexandre ANTONINI

Matricule 45174
decede
Photographie de Alexandre ANTONINI
Alexandre Antonini, avant octobre 1927 — Source photo : https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2012/08/45-174-alexandre-antonini-ne-le-27/
Convoi 45000

Photo de son dossier du Komintern. Le Maitron en ligne (voir Sources).

Alexandre Antonini naît le 27 juillet 1894 à Ajaccio (Corse), fils de Jacob Antonini, , 27 ans, marchand de bois, et de Marie Peretti, 21 ans, son épouse. Alexandre a – au moins – un frère plus jeune, Don Roch, né le 18 avril 1896. En octobre 1910, leur père accomplit une période d’exercices militaires à la 8e section de chemins de fer de campagne.

Pendant un temps, Alexandre Antonini habite chez son père, au 315, boulevard National, à Marseille (Bouches-du-Rhône), alors employé de chemin de fer à la Compagnie du PLM ; lui-même travaillant comme dessinateur.

De la classe 1914, Alexandre Antonini est d’abord considéré comme soutien de famille et n’est mobilisé que le 17 décembre 1914, comme soldat de 2e classe au 133e régiment d’infanterie. Sa présence « aux armées » dans la campagne contre l’Allemagne est comptabilisée du 13 mai 1915 au 14 avril 1916. Cette dernière date correspond à une période de cantonnement du régiment dans les Vosges, juste à l’arrière de la ligne de front (le dernier soldat précédemment blessé – Durand, de la 11e Cie – a été enregistré dans le JMO le 29 mars précédent, et les cantonnements de La Hollande, Moyenmoutier et Denipaire ont été bombardés les 1er, 2 et 3 mars). Le 27 avril suivant, la commission de réforme de Nancy classe Alexandre Antonini “service auxiliaire” pour un défaut de vision : « œil droit astigmatisme myopique 0,75 dioptrie V = A faible – œil gauche : strabisme interne par astigmatisme myopique très accentué, œil amblyope V = O ». Auparavant, le formulaire de registre matricule militaire ne mentionnait pas ce handicap dans les lignes dédiées au « signalement » ; pas plus à la rubrique « yeux » (couleur châtain), qu’à la rubrique « marque particulière ». Parallèlement, ni la rubrique « détail des services et mutations diverses » ni celle concernant les « blessures, citations, décorations, etc. » ne font allusion à la moindre blessure de guerre… Cependant, fin mars 1920, la 3e commission de réforme de la Seine proposera Alexandre Antonini pour une pension temporaire de 45 % et les R.G. indiqueront en novembre 1921 qu’il est réformé n°1 pour blessures avec une pension correspondant à 60 % d’invalidité. Plus tard, Alexandre Antonini sera trésorier de la Fédération ouvrière et paysanne des associations de mutilés, veuves et orphelins de la guerre (FOP, fondée dès 1917). À l’automne 1926, un voisin, domicilié au 2 rue Souchal, adressera une lettre de dénonciation au Préfet de police affirmant qu’Alexandre Antonini a donné son livret militaire à son frère Don Roch, porté déserteur le 16 mai 1918 et condamné par un conseil de guerre, ajoutant qu’Alexandre « louchait déjà avant 1914 », comme en ferait foi une photographie d’avant-guerre alors visible chez lui, touchant ainsi indûment une pension au motif d’« avoir eu une commotion qui lui aurait porté sur la vue ». Le délateur – qui termine par « dans l’espoir que vous voudrez bien faire faire justice au nom de tous ceux qui ont souffert pour la cause commune » -, marchand forain, est absent de chez lui quand la police mène son enquête et l’affaire n’aura pas de suite.

Le 28 juillet suivant, à Clichy, Charles Auffray, maire, célèbre son mariage avec sa compagne, Marie Passemart, alors mécanicienne.

Les 14 et 15 août 1927, Alexandre Antonini est délégué au congrès de la Fédération unitaire des syndicats d’employés de France et des colonies (CGT unitaire) qui se tient à Lyon (Rhône).

En novembre, il est désigné par le Parti communiste pour participer à un voyage en Union soviétique comme délégué des coopératives à l’occasion des fêtes organisées pour le 10e anniversaire de la Révolution russe. Il part avec des adhérents de la première heure ami lesquels Fernand Roussel, cadre municipal, Jean Simon, les avocats Robert Foissin et Jacques Sadoul, ainsi que, René Bastian, polisseur sur métaux et animateur sportif. Alexandre Antonini rentre le 21 novembre. Informé de ce déplacement par le ministère des Affaires étrangères, le directeur de la Sûreté générale demande un rapport au cabinet du préfet de police.

Le 7 décembre, dans le cadre d’une réunion organisée par l’Union nationale des cercles de coopérateurs dans la salle de conférence de la rue Reflut, à Clichy, Alexandre Antonini rend compte positivement de son voyage. Il renouvelle ce compte-rendu le 28 décembre, dans la salle des fêtes de la Mairie de Saint-Ouen, lors d’un meeting organisé par les Amis de l’URSS, puis de nouveau le 29 décembre, dans le cadre d’une réunion organisée par la Fédération unitaire des employés de la région parisienne au 8, avenue Mathurin-Moreau, et enfin le 25 janvier 1928, de nouveau dans la salle Reflut.

Le 5 mai 1929, il est réélu conseiller municipal de Clichy, toujours sur une liste dirigée par Charles Auffray.

Le 1er octobre suivant, à la suite d’un conflit politique interne, la direction du septième rayon de la région parisienne exclue du PC un grand nombre de membres de la municipalité. Le lendemain, le maire et les 24 conseillers exclus prennent acte de la rupture, tout en conservant leurs mandats et le contrôle de la municipalité. Charles Auffray riposte en tenant une réunion publique le 6 novembre et en créant un journal, Le Prolétaire de Clichy . Le 22 décembre, avec vingt-six autres militants exclus du Parti communiste, il fonde à Clichy, le Parti ouvrier-paysan (POP). Un an plus tard, le 21 décembre 1930, le POP fusionnera avec l’Union socialiste communiste pour donner naissance au Parti d’unité prolétarienne (PUP), qui élira Auffray à son Comité central.

Le soir du jeudi 14 mai 1930, Alexandre Antonini et René Charles Longle, conseillers municipaux de Clichy restés fidèles au Parti communiste, tentent avec d’autres militants d’entrer dans la salle Reflut de Clichy où se tient une réunion organisée par les Popistes. Un altercation a lieu avec le service d’ordre qui filtre l’entrée. Des agents de police interviennent et interpellent cinq militants, dont Antonini et Longle, qui sont conduits au commissariat de la rue du Bois. Alors que Longle est relâché après un simple procès-verbal, Antonini y est gardé à vue pendant trente heures, puis est amené au Dépôt de la préfecture de police, où il est détenu pendant cinq jours. Lui affirme avoir été tabassé au poste et les policiers disent avoir reçu des coups de pied dans les jambes au moment de son interpellation. Après son inculpation pour voies de fait et violence (outrage) à agent, Alexandre Antonini est transféré à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), au régime du droit commun.

Le 28 mai, à 23 heures, à la Fête de Clichy, probablement organisée par la majorité municipale, René Longle, est de nouveau appréhendé « pour distribution de tracts relatifs à libération de Marty et Antonini » et contre la répression des travailleurs indochinois. Après vérifications d’usage au commissariat, il est relaxé sans suite.