Andrée Dite Dédée TAMISÉ

Matricule 31714
decede
Photographie de Andrée Dite Dédée TAMISÉ
Photographie à vérifier
Convoi 31000

Andrée Tamisé naît le 28 février 1922. Son père est bottier à Caudéran, dans la proche banlieue de Bordeaux (Gironde – 33). Sa mère meurt alors qu’elle-même est seulement âgée de sept mois. C’est sa grande sœur, Gilberte, ayant à peine plus de dix ans (née le 3 février 1912) qui va s’en occuper et devenir sa petite mère. Gilberte quitte l’école Jules-Ferry de Cauderan pour rester auprès de sa sœur et s’occuper du ménage, mais reçoit des leçons chez elle jusqu’au brevet élémentaire. Puis elle apprend la sténodactylographie parce que son père veut qu’elle ait un métier, mais elle ne prendra jamais d’emploi.

Andrée fréquente l’école Paul-Lapie, à Caudéran, jusqu’au brevet élémentaire ; quand la guerre éclate, elle n’a pas encore fait choix d’une carrière.

Mais elle fait choix d’un idéal, le même que sa sœur et son père, communistes.

En 1940, celui-ci est arrêté puis interné au camp français de Beau-Désert à Mérignac, dans la banlieue ouest de Bordeaux.

Dès que la résistance prend corps, les deux sœurs ont une ronéo chez elles, tapent et tirent des tracts, les portent dans tout le département. Andrée anime un groupe d’étudiants bordelais et de jeunes des Auberges de jeunesse (sur une vingtaine de ces jeunes gens et jeunes filles, deux seulement se sont retrouvés après la guerre). Gilberte fait la liaison entre Bordeaux, Bayonne et Tarbes pour un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP).

Alertées par des arrestations opérées parmi leurs camarades étudiants quelques jours plus tôt, elles devraient fuir. Mais leur père est dans un camp d’internement. Peuvent-elles laisser un prisonnier qui a besoin de vivres, de soutien ? Peuvent-elles abandonner leur père, qui pourrait subir des représailles ?

Le 3 avril 1942, Gilberte et Andrée sont arrêtées chez elles, par la brigade anticommuniste du commissaire spécial Poinsot, de la préfecture de Bordeaux. Elles sont emprisonnées au fort du Hâ.

Le 16 octobre 1942, les sœurs Tamisé sont en tête de liste parmi les 70 hommes et femmes – dont 33 futures “31000” (les “Bordelaises” et les Charentaises) – transférés depuis le Fort du Hâ et la caserne Boudet de Bordeaux au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine-Saint-Denis – 93) et annexe du Frontstalag 122 de Compiègne. Andrée Tamisé y est enregistrée sous le matricule n° 935 et Gilberte sous le n° 936. Pendant trois semaines, les nouveaux arrivants sont isolés, sans avoir le droit d’écrire, puis ils rejoignent les autres internés (hommes et femmes étant séparés mais trouvant le moyen de communiquer).

Le 22 janvier 1943, Andrée et Gilberte font partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise . Andrée Tamisé y est enregistrée sous le matricule 31714, Gilberte sous le matricule 31715. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.