Andrée Gigand naît le 4 mars 1921 au lieu-dit la Montagne à Ressons-le-Long (Aisne – 02), fille d’Alphonse Gigand, chauffeur, et de Sophie Richet, son épouse, manouvrière. Les témoins devant le maire pour l’inscription à l’état civil sont l’instituteur et le garde-champêtre du village.
Alphonse Gigand est chauffeur de chaudière. Pendant deux ans, il exerce son métier à la distillerie de Ressons.
Il est adhérent du parti communiste.
Son engagement politique génère de nombreux conflits avec ses employeurs, ce qui le conduit à venir habiter à Saint-Bandry par Amblény, commune des environs. Au cours de la guerre de 1914-1918, ce petit village, situé à 4 km de la ligne de front – alors située sur le cours de l’Aisne -, a été presque totalement détruit par les bombardements.
Leur maison – sans eau ni électricité – est une habitation troglodyte, mitoyenne à une carrière sous roche et isolée au milieu des bois de Saint-Bandry (l’endroit est désigné sous le nom de « la carrière » par les gens du voisinage).
Le couple y habite avec ses trois enfants : Andrée, Jean, né le 29 mai 1926, et Michel, né le 21 mars 1931 à Saint-Bandry.
À partir de 1936, Alphonse Gigand est chauffeur de chaudière à la râperie annexe de Pouy, sur la commune de Mortefontaine (02), entre Saint-Bandry et Villers-Cotterêts ; le jus de betterave qui y est produit est ensuite envoyé pour transformation à la sucrerie de Berneuil-sur-Aisne, S.A. Sucrière de Berneuil (fermée en 1997, rasée en 2003).
Le 10 octobre 1938, son épouse, Sophie, met au monde leur deuxième fille, Jeanine, née au domicile familial. Selon leurs âges respectifs, les quatre enfants fréquentent l’école communale de Saint-Bandry, qui compte quelques 200 habitants à l’époque.
En 1940, Alphonse Gigand fait entrer son fils Jean, 14 ans, dans la râperie où il travaille.
Andrée a tenté de se placer dans une famille bourgeoise à Soissons, mais ne s’y est pas adaptée. Avec sa mère, elle participe aux travaux saisonniers d’une exploitation agricole voisine et s’occupe de son frère et de sa sœur plus jeunes.
En septembre 1942, Alphonse Gigand héberge – au su des autres membres de la famille – Justin Éloy [1], un résistant communiste actif dans la lutte armée, « car [son] habitation est sise à l’écart du pays. Pour les besoins de la Résistance, dans le secteur de Vic-sur-Aisne, [le clandestin constitue] un dépôt d’armes et de munitions [qu’ils cachent] dans une carrière à proximité de [son] domicile », et dont l’entrée est bien dissimulée. Michel Gigand se rappelle que les armes étaient cachées dans une ancienne casemate de la guerre 1914-1918, située à environ 300 mètres de la maison. Justin Éloy est logé dans dans le grenier voisin de la maison (sa femme viendra lui rendre visite une fois durant son séjour). La famille Gigand ne parle pas de ses activités, mais il disparait souvent la nuit avec le père de famille. Il a plusieurs sabotages d’écluses et de voies de chemin de fer à son actif, exécutés, entre autres, avec Odette et Lucien Richier, de Soissons.
Selon Charlotte Delbo, Jean, le grand fils de la maison, âgé de 16 ans, graisse et astique les armes. Tous portent des tracts, en distribuent. Michel Gigand se rappelle de tracts cachés dans un mur du bâtiment voisin auxquels lui et sa petite sœur avaient interdiction de toucher.