Antoinette Tressard naît le 7 juin 1919 à Quimperlé (Finistère), fille unique de Louis Jean Marie Tressard, 25 ans, ferronnier d’art, et de Marie-Reine Barillon, son épouse. Matelot dans la “Royale” au cours de la Première Guerre mondiale, son père n’est démobilisé que le 30 septembre de cette année, se retirant quai Brizeux (n° 3 ?) ; marin de 1re classe mécanicien depuis son service militaire, il a été en campagne contre l’Allemagne à bord du croiseur cuirassé le Petit Thouard puis du Gascogne avant d’être affecté au bataillon (?) de servitude de Salonique, puis de finir la guerre au 2e dépôt des équipages de la Flotte à Brest.
Ses parents s’installent bientôt en région parisienne : en juillet 1921, ils habitent au 24 rue de Paris à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne). En août 1932, ils sont au 7, rue Baudry à Vanves (Seine / Hauts-de-Seine – 92).
Pendant un temps, son père est ouvrier aux usines Renault de Boulogne-Billancourt (92). Antoinette fait des études primaires supérieures, puis devient secrétaire.
Antoinette est de sensibilité communiste : en 1936, elle adhère au mouvement des Jeunes Filles de France.
Le 14 juin 1938, Louis Tressard est embauché comme ajusteur à la Société nationale de constructions aéronautiques de l’Ouest (SNCAO), anciennes usines Nieuport, 50 boulevard Galliéni à Issy-les-Moulineaux (Seine / Hauts-de-Seine). Peut-être y est-il secrétaire d’une cellule d’entreprise du Parti communiste…
Le 30 novembre suivant, lors de la tentative de grève générale lancée pour protester contre l’abandon des acquis du Front populaire, Louis Tressard se fait remarquer comme étant un de ses organisateurs dans son entreprise. Il reprend le travail le 12 décembre suivant (à la suite d’un “lock-out” patronal ?).
Peu avant la guerre, Antoinette Tressard quitte ses parents pour se mettre en ménage avec Marie-Émile Besseyre (l’acte de naissance indique un prénom composé), né le 7 octobre 1907 à Auxon (Aube), divorcé et père de deux enfants confiés à la garde de leur mère. Ex-peintre en Bâtiment, ayant adhéré au Parti communiste en 1931, où il est devenu militant : pendant un temps, il a été secrétaire du Rayon communiste de Vanves. Du 17 novembre 1936 au 23 août 1937, il est parti comme brigadiste en Espagne (commissaire politique de compagnie au bataillon Henri Vuillemain de la 13e brigade) ; peu après, sa première épouse et lui se séparent (divorce prononcé en octobre 1938).
Le 27 août 1939, Marie-Émile Besseyre est arrêté et conduit au commissariat de police de la circonscription de Montrouge pour distribution de tracts communistes sur la voie publique.
Quatre jours plus tard, le 1er septembre, il est rappelé à l’activité militaire et rejoint le 108e bataillon de l’Air à Dijon (Côte-d’Or). Le 28 août 1940, il est “renvoyé dans ses foyers” par le centre démobilisateur de Toulouse.
Dans la même période, Louis Tressard, le père d’Antoinette, est requis civil au titre de la mobilisation industrielle (“affectation spéciale”) dans son entreprise, produisant alors pour la Défense nationale. Peut-être la direction de celle-ci le désigne-t-elle à l’attention de la police : un rapport ultérieur signalera qu’il y est considéré comme indésirable en raison de l’activité anti-nationale et révolutionnaire qu’il déploie auprès de ses camarades de travail. Le 10 mai 1940, le commissaire de police de la circonscription de Vanves opère à son domicile une perquisition qui ne permet la découverte d’aucun document ou matériel compromettants. Néanmoins, le 29 mai suivant, ce même commissaire le signale à l’autorité militaire pour « participation à la diffusion clandestine de tracts d’inspiration communiste » ; peut-être Louis Tressard se contente-t-il de défendre verbalement la politique de l’Union soviétique sur son lieu de travail… Le ministère de l’Air demande son arrestation comme individu dangereux pour l’ordre intérieur. Celle-ci est opérée le 2 juin par le même commissaire de Vanves, sur arrêté du préfet de police (peut-être ultérieurement antidaté), en application du décret du 18 novembre 1939. Il semble être prévu que Louis Tressard soit placé en internement administratif au camp de rassemblement du château de Baillet (Seine-et-Oise), mais celui-ci recevait-il encore des détenus, ayant été vidé de 282 indésirables communistes le 28 avril, conduits au fort de Pierre-Levée sur l’île d’Yeu ? Finalement, Louis Tressard aboutit au centre de séjour surveillé de Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne), créé par décision ministérielle le 30 octobre 1940.
Début décembre, Antoinette est embauchée comme dactylo au Comité d’organisation du Vêtement, au 8, rue de Richelieu.
Le 8 décembre, « à la suite de l’annonce parue dans les journaux au sujet des détracteurs communistes », Marguerite D., une ex-voisine de Marie-Émile à Vanves – au 12, rue du Chevalier de la Barre – croit bon de le dénoncer comme suspect dans un courrier signé qu’elle adresse au préfet de police [1]. « Le conflit espagnol terminé, il rentra et fut nommé enquêteur à la mairie d’Issy-les-Moulineaux, ensuite à Villejuif ; de peintre en bâtiment, il devenait fonctionnaire. » « Je ne connais pas l’adresse de sa [première] famille, mais il vous sera facile de la trouver à l’état civil ou à l’hôpital de la localité en raison du décès de sa petite fille Yvette vers la 19 ou 20 octobre 1941. » Présent aux obsèques de celle-ci, Marie-Émile ajoute aux faire part qu’il sait être objet d’une surveillance de la police. Effectivement, « son nom est tenu en observation au service des garnis ». Dans la clandestinité, il partage depuis octobre 1940, une première “planque” avec Antoinette au 97, rue de Verdun à Bagneux.