Aurore Pica naît le 2 mai 1923 à Fontoy (Moselle – 57), fille d’Attilio Pica, né le 24 mars 1886 à Nuccerra (peut-être Nocera Umbra), et de son épouse Celesta, née le 4 juin 1895 à Gualdo-Tadino, en Ombrie ; des émigrés italiens qui s’étaient fixés en Lorraine après la guerre de 1914-1918, comme de nombreux autres venus pour y travailler dans les mines de fer et les usines métallurgiques. Avant-guerre, Attilio Pica est ouvrier à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle – 55).
Aurore a au moins deux sœurs plus âgées, dont Yolande, née le 7 mars 1922.
En 1939, quand la guerre éclate, les populations de cette région frontière, appelée à devenir théâtre des opérations, sont évacuées vers la Gironde et la Dordogne. Toute la famille Pica s’installe à Vayres (Gironde – 33).
La sœur d’Aurore, Yolande, se marie avec un Lorrain déplacé, Armand Gili, très actif dans l’organisation clandestine du Parti communiste. Le 22 novembre 1940, à Saint-Pardon-les-Verts, avec son beau-père, Attilio Pica, il tire un premier tract appelant au regroupement des communistes et des patriotes lorrains et girondins qui est distribué dans la région.
Aurore, portant sur son visage l’innocence apparente de ses dix-neuf ans, se fait embaucher dans les cuisines des Allemands de Vayres sur ordre de la résistance. Tout en y subtilisant du ravitaillement pour les combattants, elle cherche à savoir où se trouve le dépôt d’armes de l’occupant. Après des mois d’observation, elle apprend que les armes sont en fait entreposées à Bordeaux. Elle demande sa mutation (« La ville serait plus gaie pour elle, si jeune ; dans cette campagne, elle s’ennuie »).
À Bordeaux, elle est employée dans les bureaux. Elle s’y procure des laissez-passer tamponnés â l’avance qui permettent à des résistants de passer de zone nord en zone sud, obtient enfin les renseignements sur le dépôt. Les F.T.P. – par un coup de main dont on ne peut connaître les détails aujourd’hui car aucun n’est plus là pour les donner – réussissent à enlever les armes et à les cacher. Elles ne le resteront pas longtemps : un traître a indiqué la cachette à la police.
Pierre Giret, désigné comme responsable à la propagande sur Bordeaux, est arrêté le 25 mai 1942 par la brigade du commissaire Poinsot lors d’un rendez-vous devant le Parc des sports. Son épouse est également arrêtée. Interrogé les 26 et 28 mai, Pierre Giret livre rapidement des informations permettant d’arrêter quelques personnes. Le 30 mai, il échappe aux inspecteurs qui l’ont conduit à son domicile et son épouse s’évade d’un hôpital le 12 juin. Dans leur cavale, ils se font héberger par plusieurs familles de militants.
Mais le couple est repris le 27 juillet. Pour se racheter de son évasion, Pierre Giret complète spontanément ses premières déclarations sur l’organisation communiste clandestine (son épouse livrant ce qu’elle sait).
Le 17 août, Pierre Giret lache au commissaire Poinsot : « Un détail qui me revient également au sujet d’Armand [Gili, dont il a déjà parlé dans une déclaration précédente], c’est que sa femme travaillait comme femme de ménage chez les Allemands à Bordeaux. Je l’ai rencontrée trois fois le matin à 7 h20, à l’arrivée d’un train desservi par la gare de la Bastide. Je crois que, par la suite, sa sœur dénommée Aurore a pris son emploi. »
Le 30 août 1942, Aurore et Yolande sont arrêtées à Vayres. Leur père et leur mère aussi. Le bébé de Yolande, qui a dix-huit mois, est déposé chez la voisine par les policiers.
L’une est emprisonnées au Fort du Hâ, à Bordeaux, l’autre à la caserne Boudet, rue de Pessac, qui dispose d’une prison militaire utilisée comme annexe du Fort du Hâ.
Pourchassé, Armand Gili rejoint Lyon et y devient responsable des Francs-tireurs et partisans (FTP) sous le pseudonyme d’Alex.