Charles ROUYER

Matricule 46082
decede
Photographie de Charles ROUYER
Le camp vu depuis le mirador central. Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Convoi 45000

Charles Rouyer naît le 22 juillet 1907 à Clichy-la-Garenne [1] (Seine / Hauts-de-Seine – 92), chez ses parents, Oscar Rouyer, 25 ans, et Joséphine Alleno, 24 ans, blanchisseurs, domiciliés au 17, rue des Cailloux. Ceux-ci se marient le 10 août suivant.

Le 20 septembre 1920, âgé de 13 ans, Charles Rouyer entre comme ouvrier typographe à l’imprimerie Paul Dupont à Clichy.

Membre du Syndicat du Livre parisien CGT, il adhère au Parti communiste en 1925 et deviendra secrétaire de cellule, adjoint du secrétaire de rayon.

En 1927, il est appelé à accomplir son service militaire. Au retour, il retrouve son emploi, qu’il conservera jusqu’au 13 novembre 1936.

Pendant un temps, il habite au 14, rue du Square, à Gennevilliers [1] (92).

En 1928, il est à l’origine de la création de la section boxe anglaise du Club sportif ouvrier de la Banlieue Ouest, dont le siège social est au café Fahet, 93 rue de l’Arbre-Sec, à Gennevilliers, entraînant les frères Calmel, dont Louis qui sera fusillé au Mont-Valérien en octobre 1943.

Le 22 juin 1929, à Gennevilliers, Charles Rouyer épouse Anne Marie André, née à Lorient (Morbihan).

Il est élu conseiller municipal communiste de Gennevilliers dès 1932 sur la liste de Jean Grandel, et réélu en mai 1935, dernier de la liste. Il siège à toutes les séances du conseil municipal, jusqu’à celle du 23 juin 1936.

Pendant la guerre d’Espagne, séparé de son épouse et vivant seul, Charles Rouyer s’engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini. Arrivé le 14 novembre 1936, il est affecté cinq jours plus tard au bataillon Henri Barbusse de la 14e brigade. Le 4 février 1937, nommé lieutenant, il rejoint à la 13e brigade, 10e bataillon, 2e compagnie. Le 26 mars suivant, il est muté à la 11e comme adjoint au lieutenant de compagnie. Enfin, le 6 juin, il intègre le 15e bataillon de la 14e brigade. Après avoir participé aux combats pour la défense de Madrid, à ceux de Motril, à la bataille de Brunete, et aux batailles pour la défense de Saragosse, il rentre « en permission » en France le 15 janvier 1938, pour « raisons de famille ».

Le lundi 24, il est à Gennevilliers. Il est accueilli par un article élogieux qui paraît en page une de l’hebdomadaire local Le Travailleur de la banlieue ouest. Le club sportif et la section communiste le saluent fraternellement : « Militant honnête et dévoué, notre camarade écouta la voix de sa conscience. La grande cause prolétarienne l’appelait au-delà des Pyrénées. […] là-bas, sa conduite modeste et héroïque le fit remarquer. Il collabora avec notre camarade Grandel durant la campagne qu’il fit dans l’armée héroïque. […] Nous avons pensé souvent à toi pendant les durs combats auxquels tu participais ». Robert Paul, auteur de l’article conclue ainsi : « Nous te saluons, Charles Rouyer Sport Rouge ».

Mais il semble qu‘il revienne désabusé et l’exprime publiquement sitôt après son retour. Selon un témoignage, il aurait déclaré « Le Parti communiste est le boucher des volontaires », genre de réflexions qui entraîne sa mise à l‘écart des travaux de la municipalité de Gennevilliers : il assiste au conseil municipal du 8 mars 1938, puis il est noté absent ou excusé jusqu’à celui du 4 octobre, ensuite absent. Le 9 septembre, l’hebdomadaire communiste local La Voix populaire publie en page trois une « Mise en garde. La Section communiste de Gennevilliers prévient toute la population que le nommé Rouyer Charles, conseiller municipal de Gennevilliers, est exclu de notre Parti pour son action anti-communiste ». Le 7 octobre, Marcel Gitton, secrétaire national du PC, écrit aux services des cadres à Albacete en Espagne : « Nous serions heureux de savoir qu’elle était son activité en Espagne, car il vient d’être exclu du Parti par la Section de Gennevilliers ». L’appréciation qui revient est celle-ci : « Fait du travail fractionnel, critique ouvertement et sans raison les décisions du commandement politique et militaire ».

Charles Rouyer ne rejoindrait pas alors d’autre organisation politique, tout en étant abonné au bulletin de l’organisation Solidarité Internationale Antifasciste (SIA), fondée en Espagne en mai 1937 par la Confédération internationale du Travail (CNT), anarchiste, hebdomadaire édité par la section française à partir du 10 novembre 1938 et interdit par le gouvernement en avril 1939 ; Henri Jeanson en fut un des rédacteurs.