Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Charlotte Amélie Casseleux naît le 27 janvier 1898, à Paris 20e, chez sa mère, Marie Casseleux, 28 ans, native de Guise (Aisne), couturière, domiciliée au 5, rue du Pressoir, et de père non dénommé. Charlotte a une sœur aînée, Germaine, née le 18 juin 1894 à Paris 11e. Sa sœur cadette Henriette naît cinq ans et demi plus tard, le 30 mars 1903 à Saint-Quentin (Aisne), alors reconnue par Paul Merlin, 25 ans, charretier natif de la ville. Puis viennent encore Marcelle, née le 23 décembre 1906, et Paul, né le 17 mars 1909, tous deux à Villeneuve-le-Roi (Oise). Le 28 juin 1913, les cinq enfants de Marie Casseleux sont légitimés par le mariage de leur mère avec Paul Merlin à la mairie du 20e.
Le 14 août 1914, Paul Merlin, 36 ans, rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale, rejoint comme soldat de 2e classe les “Pépères” du 10e régiment d’infanterie territoriale de Saint-Quentin, sa ville de naissance. Dès le 28 août, lors d’une offensive allemande sur la ville, il est fait prisonnier de guerre au nord de celle-ci, à Bellenglise (Aisne) [1]. Puis il est successivement interné dans les Kriegsgefangenenlager de Wetzlar, dans le Land de Hesse, et de Meschede, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (octobre 1916), n’étant rapatrié que le 13 décembre 1918 par le centre de rapatriement de Liège. Ainsi, il est absent du domicile familial pendant plus de quatre ans : Charlotte et Henriette doivent gagner leur vie, leur mère étant seule avec ses cinq enfants.
Le 18 avril 1918 à la maternité de l’hôpital Tenon (Paris 20e), Charlotte Merlin met au monde sa fille Rolande, Jeanne, alors déclarée née de père inconnu. Puis, le 3 février 1919, l’enfant est reconnue par Jean Baptiste Arthur Milan, mécanicien domicilié chez ses parents au 56 rue de Bagnolet, avant d’être légitimée par le mariage de ses parents quelques jours plus tard, le 15 février, à la mairie du 20e.
En 1923, sa sœur Henriette, alors baleinière, habite avec leur mère au 2, rue Vilin, quartier de Belleville, alors que leur père, Paul Merlin, est déclaré habiter au 11 rue Bisson à Saint-Quentin. Le 13 octobre 1923 à la mairie du 20e arrondissement, Henriette épouse Alphonse L’Huillier, 22 ans, alors plombier. Ils ont un fils, Roger, né un an plus tard.
Lors des recensements de 1926 et 1931, les L’Huillier habitent au 14, rue Ramponneau (Paris 20e), dans un petit immeuble dont Marie Merlin, mère de Charlotte et Henriette, est devenue concierge. En 1930, Alphonse L’Huillier devient employé des Pompes funèbres municipales de Paris ; par la suite, Henriette, son épouse, cessera de travailler.
Le 19 janvier 1931, le mariage de Charlotte Merlin est dissous par jugement de divorce ; son ex-mari – et père déclaré de sa fille Rolande – décède le 11 juin suivant à son domicile de la rue de Bagnolet (Paris 20e).
Bondy, l’hôtel de ville après-guerre. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Le 5 septembre suivant à Bondy (Seine / Hauts-de-Seine), Charlotte, 33 ans, épouse Henri Douillot, 30 ans, né le 27 mai 1901 à Paris 11e, mécanicien-outilleur, qui possède un atelier de petite mécanique à Bondy où elle travaille avec lui comme découpeuse : Charlotte Delbo rapporte que c’est « un métier où l’on se coupe aussi les doigts. Quand nous l’avons connue, toutes les premières phalanges manquaient à sa main droite. » En 1932, ils habitent avec Rolande Milan, fille de Charlotte, alors âgée de 14 ans, dans le petit pavillon de Gustave Jules Douillot, père d’Henri, ouvrier bijoutier, alors veuf, au 21 allée (puis rue) Racine, à une extrémité de cette voie du quartier pavillonnaire des Coquetiers (depuis le recensement de 1926, une famille Vandaele, d’origine belge, dont le père est peintre en bâtiment, composée de cinq enfants nés à Bondy, habite au 2 de l’allée Racine, à son autre extrémité).
Henri Douillot est un militant communiste.
Le 12 mai 1935, il est élu conseiller municipal communiste de Bondy, sur une liste de coalition socialiste et communiste. Dans cette période, Charlotte adhère au Comité mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme, sans y avoir de responsabilité particulière.
Le 8 septembre 1939, Henri Douillot est mobilisé au 11e régiment du Génie à Versailles. Fin décembre, il est renvoyé en affectation spéciale, travaillant dans son atelier comme sous-traitant pour la Maison Bournier Frères, 39 rue Bréguet à Paris.