Collection du Musée de l’Histoire vivante. Montreuil.
Georges Guichan naît le 9 décembre 1920 à Paris 11e (75), fils d’André Guinchan et de Henriette Blanchard, son épouse, tous deux issus de familles d’expatriés français en Argentine à la fin du 19e siècle et revenus en France. En 1917, son père, artiste-peintre formé aux Beaux-Arts de Buenos-Aires, décide de venir en France pour y trouver du travail. Fils de Français, il est aussitôt naturalisé, mobilisé et envoyé à Salonique, en Grèce, base d’opération des forces alliées d’Orient. En 1919, son régiment participe à l’occupation de la région hongroise qui sera intégrée à la toute nouvelle Yougoslavie par le Traité de Versailles. Démobilisé, il épouse la jeune fille avec laquelle il s’était fiancé en Argentine. Athée par réaction au pouvoir du clergé en Amérique du Sud, il est gagné par les idées révolutionnaires et adhère au Parti communistes vers 1924. Chez lui, il lit quotidiennement L’Humanité .
Georges Guinchan passe son enfance à Rosny-sous-Bois où, de 1927 à 1933, il fréquente l’école communale et noue des amitiés, notamment avec le jeune René Beaulieu qui mourra à Auschwitz.
Rosny-sour-Bois. L’école des garçons et la gare (à gauche) dans les années 1930. Carte postale, collection Mémoire Vive.
De juillet à octobre 1928, en convalescence à la suite d’une double broncho-pneumonie, il séjourne à la Borie de Pagax, lieu-dit de la commune de Flagnac, au bord du Lot entre l’abbaye de Conques et les mines de Decazeville, dans le Rouerge (Aveyron), hameau où est née sa grand-mère maternelle, Julie Altran. Afin de favoriser son intégration, celle-ci le fait baptiser à l’église du village. Mais, au retour, Georges ne fréquentera pas le catéchisme, ses parents l’inscrivant plutôt aux Pionniers, dans le cadre du Secours ouvrier international. Au cours mois d’août 1931 et 1932, ils l’inscrivent aux Vacances populaires enfantines dans un centre installé sur l’île de Ré, qu’il faut alors gagner en bateau.
Pendant un temps, la famille Guinchan habite rue des Quinconces, à Rosny, dans un petit logement aménagé parmi d’autres dans une ancienne maison de maître.
L’école ne réussit pas à Georges, notamment à cause d’interruptions dues à la maladie, et, dès ses quatorze ans, il souhaite travailler avec son père. Par ailleurs, celui-ci le charge d’entretenir la correspondance avec la famille restée en Argentine, dont sa grand-mère paternelle ; il commence à collectionner des timbres du monde entier.
En 1935, âgé de 15 ans, Georges Guichan adhère aux Jeunesses communistes. Un soir par semaine, il suit une école élémentaire du Parti communiste. Le dimanche matin, il participe à la vente à domicile des revues et journaux hebdomadaires. Et, en période électorale, il consacre tout son temps libre au collage d’affiches et aux distributions de tracts, participant à la plupart des meetings.
La même année, il est embauché dans l’entreprise où travaille son père, peintre décorateur. Il l’assiste notamment sur le chantier de la Maison du Danemark à la Cité universitaire de Paris (14e arrondissement), puis dans l’hôtel particulier parisien du directeur de la banque Morgan.
Ayant reçu un vélo d’occasion, il sillonne la banlieue sud-est le week-end avec des amis, notamment les berges de la Marne.
La famille Guinchan suit de très près la guerre civile d’Espagne, d’autant qu’Alfred Blanchard, frère de la mère de Georges, s’est engagé en 1937 dans les Brigades internationales (selon Le Maitron en ligne citant l’AVER, un nommé Alfred Blanchart est affecté comme sergent au Train de combat de la 129e Brigade le 1er octobre 1938). Toute la famille participe aux actions de solidarité.
En 1938 et après plusieurs périodes de chômage, son père se met à son compte en créant une petite entreprise réalisant de grands panneaux peints apposés sur les frontons de cinéma pour annoncer les films. Georges l’assiste alors comme peintre en lettres. Mais les commandes se raréfient, deviennent irrégulières et sont mal payées. Son père devient aigri, autoritaire.