Germaine MAURICE

Matricule 31788
decede
Photographie de Germaine MAURICE
Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Convoi 31000

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Émilie, Germaine Maurice naît le 8 mai 1918 à Vou, près de Loches (Indre-et-Loire – 37), fille d’Émile Joseph Victor Maurice, 29 ans, cultivateur, et de Marie Bathilde Cottereau, son épouse, 25 ans.

Ses parents s’étaient mariés le 1er juin 1914, à la mairie de la Chapelle-Blanche (37), commune voisine où sa mère était née dans une famille de fermiers.

Deux mois plus tard, son père a été rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914, rejoignant deux jours après le 90e régiment d’infanterie à Châteauroux (ou le 153e R.I.). Le 17 septembre suivant, à Thuisy, Émile Maurice est blessé par un éclat d’obus et évacué le lendemain. Le 18 mai 1915, il part « en renfort ». Le 22 avril 1916, à la côte 304 dans le secteur de Verdun, il est blessé à la main gauche par un éclat d’obus et évacué. Le 30 avril, il est cité à l’ordre du régiment : « Bon soldat, a rempli avec un grand courage et beaucoup d’intelligence les fonctions d’observateur sous un violent bombardement ». Le 17 septembre suivant, il retourne au front. Le 26 mai 1917, à Lormois, il est blessé à la tête, puis évacué. Le 20 octobre suivant, il repart « aux armées ». Le 16 mars 1917, à la côte 304 dans le secteur de Verdun, il est touché par les gaz de combat, et évacué le lendemain. Il rejoint son unité le 28 avril 1918. Le 3 août suivant, il est de nouveau cité à à l’ordre du régiment : « Bon soldat, toujours prêt à accomplir les missions les plus périlleuses, volontaire pour exécuter une patrouille dans une ville occupée par l’ennemi, s’en est acquitté avec courage et sang-froid ». Il reçoit la Croix de guerre (puis la Médaille militaire au début de 1925).

Le 16 septembre 1918, en soirée, Marie Mathilde Cottereau, épouse Champion, âgée de 25 ans, décède à son domicile, au lieu-dit La Massotière à la Chapelle-Blanche ; décès déclaré au service d’état civil de la mairie par un cousin cultivateur et le garde-champêtre, également ami de la famille. Germaine n’a que quatre mois…

Démobilisé fin mars 1919, Émile Maurice se retire à La Chapelle Blanche.

En 1921, il est revenu habiter et travailler dans la ferme paternelle, au lieu dit Le Jardin, sur la commune de Vou. Mais sa fille Germaine ne vit alors pas avec lui et ses parents (pas recensée… ?). Sur les registres de recensement de population, Émilie Germaine n’apparaît à la ferme du Jardin qu’à partir de 1931. Son père a alors repris l’exploitation, aidé par sa propre sœur Marie, née en 1890 à La Celle-Guénand, restée célibataire, ainsi que par une “domestique” polonaise.

Sous l’occupation, la ferme des Maurice se trouve sur la ligne de démarcation, “frontière” entre zone occupée et zone “libre”. Émile Maurice intègre rapidement une petite “chaîne” de passage pour soldats et prisonniers évadés, fugitifs juifs, etc., dont un des premiers maillons est Léa Kérisit, de Tours (dans le cadre des soins que cette infirmière prodigue à l’hôpital Saint-Gratien ?). Celle-ci les conduit auprès de l’abbé Henri Dupont, lequel – après avoir été mobilisé comme adjudant d’artillerie fin août 1939, détenu comme prisonnier de guerre au Stalag XI A, et rapatrié le 24 novembre 1941 – est alors domicilié chez sa mère à la Chapelle-Blanche, à cinq kilomètres de la ligne de démarcation (au lieu-dit Bellevue ?). L’abbé emmène les fugitifs au cimetière communal où ils sont pris en charge par Germaine Maurice et son père, Émile, puis par Joseph Pouponneau et son épouse Andrée, fermiers aux Belinières dans la même commune, mais de l’autre côté de la “frontière”, en zone “libre”.

En 1942 (date à préciser), Ferdinand Werner, né le 30 avril 1900 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) se prétendant évadé d’un camp de prisonniers de guerre d’Aix-la-Chapelle, se présente à Léa Kérisit ; épuisé, les pieds gonflés par une longue marche. Celle-ci lui fait suivre la filière d’évasion, lui permettant de connaître les différents intervenants ; il reste ainsi chez l’abbé Dupont pendant huit jours. Quelque temps après, Émilia Kérisit a la surprise de croiser cet “évadé” à Tours. Il lui explique : « Je me suis fait démobiliser à Châteauroux. Je suis revenu pour chercher des Juives logées à l’hôtel du Berry et leur faire franchir la ligne [de démarcation]. » Il déclarera plus tard avoir rejoint une équipe de « passeurs à gage » : Cornavin et “Roland” Lisière. Émilia Kérisit le rencontre de nouveau deux ou trois semaines plus tard : « Je pars à Nancy, pour voir si ma femme est toujours debout. » Il est arrêté quelque temps après. Interrogé par la Gestapo, il fournit rapidement tous les renseignements concernant la filière..

Le 10 septembre 1942, l’abbé Dupont, Joseph Pouponneau et son fils de quinze ans sont appréhendés par la police allemande (le garçon sera finalement relâché).

Le même jour, la Gestapo vient arrêter Émile Maurice. Germaine veut prendre sa place : « C’est moi. Mon père ne sait rien. » Tous deux sont emmenés à Tours. Pendant un temps, Germaine sera détenue à la Maison d’arrêt de la rue Henri-Martin.

Le 23 septembre, Émilia Kérisit est arrêtée place de la Cathédrale, à Tours, au moment où elle quitte son travail, vêtue de sa tenue d’infirmière. Au cours du mois d’octobre, tous sont interrogés dans les locaux du SD ( Sicherheitsdient – Gestapo) de la ville.