Henri MIGDAL

Matricule 45880
survivant
Photographie de Henri MIGDAL
Henri Migdal, in tract de l’UJRF de 1947 — Source photo : https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2012/01/migdal-henri-hermann/
Convoi 45000

Henri Migdal naît le 26 novembre 1920 à Paris 14e, fils de Joseph Migdal et de Berthe Pester. La famille compte onze enfants, parmi lesquels Robert, né le 30 mai 1922, et André., né le 21 juin 1924, tous deux à Paris 14e.

Au moment de son arrestation, Henri Migdal est domicilié en hôtel au 95, rue Claude-Decaen (4e étage, chambre 27) à Paris 12e, alors que ses frères habitent encore chez leurs parents, dans une cité au n° 72 de la même rue (escalier E, 1er étage, porte 105 – entrée, cuisine, salle à manger, deux chambres à coucher, WC).

Henri Migdal est célibataire et travaille comme magasinier aux usines Citroën, au 51, quai Michelet, à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine).

En juillet 1938, il adhère à la 12e section de Paris des Jeunesses communistes (JC).

Au début de l’occupation, Pierre Pannetrat, « ancien trésorier de la 12e section de Paris-Ville » constitue « un centre de diffusion de tracts où [les militants viennent] se ravitailler ». En septembre 1940, il demande à un voisin de la cité HBM Fécamp-Robert-Tourneux, ancien camarade de Parti, Ludovic G., 47 ans, veuf, qu’il considère comme moins exposé, d’entreposer dans son propre logement ce matériel de propagande clandestine, ainsi que des brochures. À la suite de quoi, des délégués de région du PC (restés anonymes) viennent à plusieurs reprises y effectuer des dépôts de tracts. Ludovic G. stocke également des exemplaires du journal des JC, L’Avant-Garde , diffusés par les jeunes militants du secteur, dont son fils, Raymond, 19 ans. Enfin, son appartement servant aussi de lieu de réunion pour un comité de chômeurs de l’arrondissement, Ludovic G. entrepose aussi des exemplaires de La Vie Ouvrière , organe de la CGT clandestine.

De son côté, Henri Midgal participe aux « réunions de propagande » des JC, organisées par Jean Canard [2] sous la direction de Joseph Le Lagadec [3], 27 ans, et regroupant également son frère Robert, Raymond G., Roland Pannetrat, les frères Armand et Jean Feldmann. Certaines réunions se tiennent dans la rue, près de la grille d’entrée des immeubles située au 10, rue Tourneux, d’autres à la grille de la rue Édouard-Robert, enfin – peut-être un autre groupe ? -, occasionnellement, chez Robert Poing, dont le père – domicilié au 10, rue Tourneux – est souvent absent le soir. Ensuite, « à la faveur de l’obscurité », les membres du groupe diffusent leur journal et/ou des tracts, collent des papillons sur les murs du voisinage, ou y inscrivent à la craie des slogans comme « Thorez au pouvoir ».

En décembre 1940 et janvier 1941, la brigade spéciale des renseignements généraux constate « qu’une active propagande communiste [est] menée dans le 12e arrondissement » et surveille de très près un militant (Fernand Notin ?) qui reçoit « à son domicile, [19] rue de la Lancette, de nombreux individus ». Surveillances et filatures permettent en effet de repérer plusieurs militants. Le 25 janvier, deux inspecteurs se présentent au domicile de Ludovic G. (15, rue Édouard-Robert, premier étage gauche, deux pièces). La perquisition opérée amène la découverte dans un coffre à charbon de 15 000 tracts ronéotypés divers (« scellé n° 1 […] conduit à la fourrière en raison de son volume et de son poids ») et, sur une table dans la chambre, de diverses brochures, de 90 Avant-Garde , de 70 tickets de souscription pour les chômeurs, et de 530 papillons gommés. Père et fils sont conduits dans les locaux des renseignements généraux, à la préfecture de police, pour y être interrogés, Ils admettent rapidement leur propre implication et mettent en cause les membres de leur réseau qui leurs sont connus ; André Migdal parlera ultérieurement d’« un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires ». Ainsi, Raymond G. signe une liste nominative de tous leurs contacts (« Je certifie que les susnommés prennent part à la propagande clandestine est [sic] qui venaient chez mon père chercher les tracts »), parmi lesquels les trois frères Migdal et la famille Pannetrat. Tous sont appréhendés le lendemain, 26 janvier, à leurs domiciles respectifs. Arrêté chez ses parents, André Migdal est trouvé porteur d’un exemplaire de L’Humanité clandestine n° 6 de décembre 1940. Rien de compromettant n’est découvert lors de la perquisition de l’appartement familial. Résultat également négatif lors de la fouille de la chambre d’hôtel d’Henri.

Dix-sept autres personnes sont ainsi conduites dans les bureaux des RG pour y être interrogées à leur tour. Les inspecteurs de la BS 1 mentionnent que la carte d’identité présentée par Henri Migdal « ne porte pas l’indication “Juif ” bien que l’intéressé soit israélite » (il déclare avoir omis cette formalité par manque de temps). Il admet sa participation à l’activité de propagande clandestine depuis le début de l’occupation jusqu’à la fin du mois d’octobre, mais déclare y avoir mis fin depuis deux mois. Lors de sa confrontation avec le fils G., celui-ci désigne Henri Migdal comme un simple exécutant, mais présenté à lui par Joseph Le Lagadec comme un militant sûr.

Le 26 janvier, après les divers interrogatoires et au vu des rapports des inspecteurs, considérant que leur activité « avait pour but la diffusion des mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou d’organismes s’y rattachant, par la distribution, la détention en vue de la distribution, l’apposition de tracts et de papillons d’inspiration communiste », le commissaire André Cougoule, chef de la brigade spéciale, officier de police judiciaire, inculpe seize personnes – dont les trois frères Migdal – d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et les fait conduire au Dépôt, à disposition du procureur de la République (trois personnes étant laissées libres, aucun fait délictueux n’ayant été relevé à leur charge).

Henri Migdal est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e) jusqu’au jugement.

Les trois frères sont défendus par Michel Rolnikas, avocat du PC (arrêté le 23 juin et fusillé comme otage communiste le 20 septembre 1941).

Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. (montage photographique)