Henriette L’HUILLIER

Matricule 31688
survivant
Photographie de Henriette L’HUILLIER
Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Convoi 31000

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

France Bloch-Sérazin, repérée par les inspecteurs de la brigade spéciale anti-terroriste des Renseignements généraux (BS2) auxquels elle avait échappé une première fois en février, est filée à partir du 27 mars, conduisant involontairement les policiers vers sa famille, ses amis et le réseau des combattants et dirigeants clandestins qu’elle rencontre, comme Henri Douillot, le 14 avril, place de la Contrescarpe (Paris 6e). Suivi jusqu’au soir, au fil de différents rendez-vous, celui-ci conduit finalement les inspecteurs jusqu’à sa “planque”. Il est encore surveillé dans les jours suivants. Le 28 avril, les inspecteurs constatent qu’il se rend au domicile de son beau-frère, Alphonse L’Huillier, rue des Maronites.

Charlotte Delbo relate que, le jeudi de l’Ascension, le couple Douillot va déjeuner chez les L’Huillier. Lors de son interrogatoire ultérieur, Henriette L’Huillier déclarera : « Tous les deux sont venus ensemble, chez moi, le jeudi 14 mai dans la matinée, pendant que mon mari était absent » ; Alphonse L’Huillier étant à son travail. À cette occasion, Henri Douillot remet à sa belle-sœur des tickets de viande afin qu’elle aille lui en chercher chez son boucher, comme elle a pu le faire quelquefois auparavant. Même si les inspecteurs de la BS2 constatent cette visite, d’« une heure environ », l’adresse des L’Huillier avait déjà été repérée…

Ce même 14 mai, Marie-Émile Besseyre est arrêté indépendamment par des agents du commissariat de police de la circonscription de Puteaux dans le cadre d’une affaire de propagande amenant de multiples arrestations et perquisitions ; une initiative non coordonnée qui oblige Jean Hénoque, directeur de la BS2 à précipiter son propre coup de filet final, lancé deux jours plus tard. Soixante-huit personnes repérées et identifiées sont arrêtées ; parmi elles, une grande partie des membres de l’O.S.

Le 16 mai, la note de mise à la disposition des L’Huillier – Henriette, son mari Alphonse, leur fils Roger – au directeur de la BS 2, à la préfecture de police, indique : « Les sus-nommés ont été interpellés parce que le nommé Douillot, leur beau-frère (sic), avait été vu, au cours des surveillances exercées sur son compte, se rendant à leur domicile, qui peut être considéré comme un de ses lieux de refuge. Fouillées, aucune de ces trois personnes n’a été trouvée en possession de documents ou objets suspects. Une visite domiciliaire effectuée 43 rue des Maronites n’a pas amené la découverte d’armes ni documents suspects. Des vérifications opérées par nos soins, ils résultent que les trois susnommés sont inconnus aux archives de notre direction ainsi qu’aux sommiers et aux archives de la PJ. » Gaston, Henriette et Roger L’Huillier sont interrogés aussitôt et séparément ; le procès-verbal d’audition de chacun tient sur une seule page dactylographiée. Tous trois déclarent ne rien savoir des activités clandestines d’Henri Douillot. Le jeune Roger affirme notamment aux inspecteurs : « Mon oncle ne m’a jamais demandé de lui faire des courses, de lui procurer de l’outillage, ou de lui donner des renseignements sur la maison où je travaille et dont l’activité est en partie réservée à l’armée d’occupation, puisque l’on y fait des obus. » Les trois L’Huillier récusent le fait que le militant clandestin ait pu dormir à leur domicile récemment (après janvier 1942).

Après leurs interrogatoires respectifs, Henriette L’Huillier et son fils Roger sont conduits au dépôt de la préfecture de police. Le 21 mai, les trois l’Huillier – Alphonse, Henriette et Roger -, Antoinette Besseyre, Yvonne Carré et Marie Louise Losserand sont consignés au dépôt à la disposition de la BS2 ; à la même date, Henri Douillot, Paul Thierret, Raymond Losserand, Gaston Carré, Marie-Émile Besseyre font partie des détenus « consignés au dépôt à la disposition des Autorités allemandes ».

Le 11 août 1942, Alphonse L’Huillier est fusillé au fort du Mont-Valérien à Suresnes (Seine / Hauts-de-Seine), en représailles d’actions armées de la résistance contre l’Occupant, sans jugement, parmi 88 otages déclarés communistes, parmi lesquels des membres du réseau des imprimeurs (affaire “Ambroise” ou Tintelin). Sur sa fiche d’otage, établie quatre jours auparavant, le 7 août, sous l’autorité de Carl Oberg, chef de la police de sûreté et du SD dans la zone d’activité du gouverneur militaire de France, et dans le cadre de l’Action Stadion, il est indiqué, comme « motifs de sa désignation pour l’exécution : L’Huillier Alphonse est le beau-frère du terroriste Douillot, qui, comme ancien communiste était membre de l’O.S. et, en tant que tel, entretenait des relations avec la direction supérieure du Parti. Il gérait le matériel, surveillait les stocks de produits chimiques servant à la fabrication d’explosifs et de compositions d’allumage. En plus, il s’occupait de la fourniture de matériel et de vivres pour les terroristes. On trouva en sa possession un pistolet 6,35 mm et 25 capsules fulminantes avec des fils d’amorce électrique, qui furent mis en lien sûr. Il a, en outre, pris part à un essai de bombes toutes prêtes dans le bois de Meudon. (Tgb. Mr IV B. 41/42.) Le sus-mentionné L’Huillier Alphonse a été arrêté en vertu de l’ordonnance de Commandant supérieur des SS et de la police du 10.7.1942. »

Effectivement, le 10 juillet précédent, le même Carl Oberg, chef supérieur de la SS et de la police (HSSPf) en France a édicté un avis affiché sur les murs : « … j’ai constaté que ce sont surtout les proches parents des auteurs d’attentats, des saboteurs et des fauteurs de troubles qui les ont aidés avant ou après le forfait . Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères non seulement les auteurs d’attentats, les saboteurs et les fauteurs de troubles eux-mêmes une fois arrêtés, mais aussi, en cas de fuite, aussitôt les noms des fuyards connus, les familles de ces criminels, s’ils ne se présentent pas dans les dix jours après le forfait à un service de police allemand ou français. Par conséquent, j’annonce les peines suivantes : 1.) Tous les proches parents masculins en ligne ascendante et descendante ainsi que les beaux-frères et cousins à partir de 15 ans seront fusillés. 2.) Toutes les femmes du même degré de parenté seront condamnées aux travaux forcés. 3.) Tous les enfants, jusqu’à 17 ans révolus, des hommes et des femmes frappés par ces mesures seront remis à une maison d’éducation surveillée … »

Le corps d’Alphonse L’Huillier est incinéré au Père-Lachaise.

Après son exécution, son fils Roger est relâché, « “en raison de son âge” (dix-sept ans) », a écrit Charlotte Delbo ; pourtant, selon l’ordonnance de Carl Oberg, le jeune homme a l’âge prescrivant sa mise en détention…

Par contre, sa mère, Henriette L’Huillier, belle-sœur d’Henri Douillot, est frappée par la peine de représailles (« travaux forcés ») concernant les femmes, comme Charlotte Douillot et sa fille Rolande Vandaele, et d’autres épouses de membres de l’O.S. : Antoinette Beyssère, Yvonne Carré, Louise Losserand…

Le 24 août, Henriette L’Huillier est écrouée en cellule à la Maison d’arrêt de La Santé (Paris 14e). Le 29 septembre, elle fait partie d’un groupe de détenus transférés au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, gardé par la Wehrmacht . Henriette L’Huillier y est enregistré sous le matricule n° 803, en même temps que Marie-Élisa Nordmann, Lucienne Palluy, Madeleine Damous, Yvonne Cavé, Lucienne Lebreton, Marie Dubois, et Sophie Brabander.