Jean Favret naît le 1er août 1913 à Montigny-lès-Cherlieu (Haute-Saône – 70), fils de Florentin Favret, 31 ans, terrassier, et de Marie Louise Morlot, 27 ans, son épouse. Les témoins pour la déclaration du nouveau-né à l’état civil semblent être deux oncles cultivateurs.
Rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale comme soldat de 2e classe au 42e régiment d’infanterie (42e RI), Florentin Favret succombe le 28 avril 1915 des suites de ses blessures à l’ambulance 7 du 1er Corps à Berny-Rivière (Aisne) ; “mort pour la France”.
Le 21 avril 1920, les enfants sont adoptés par la Nation suivant un jugement du tribunal civil de Vesoul (70).
En 1921, la famille Favret est domiciliée au 41, Grande Rue à Montigny, regroupant cinq enfants, tous nés dans la commune, autour de leur mère veuve.
Au printemps 1931, la famille Favret est installée route de Thomas, section de La Rochère à Passavant-la-Rochère (70). Excepté Louis, âgé de 12 ans, les enfants (Maurice, Alice, Georges, Florentin) sont verriers aux Établissements Boileau, verrerie industrielle.
Au printemps 1936, habitant toujours le même quartier (6), une partie de la famille – Maurice, Fernand et Charles – cohabite avec Louis May, 21 ans, lui aussi verrier aux Établissements Boileau.
Au moment de son arrestation, Georges Favret est toujours domicilié à Passavant.
Il est déclaré comme “marchand” (?).
À moins qu’il ne s’agisse d’une homonymie ou d’une confusion de prénom, Georges Cogniot le caractérise comme « militant des Jeunesses communistes », « gavroche héroïque ». Dans son recueil L’Évasion , il lui dédie sa nouvelle Au Ballon d’Alsace , dans laquelle trois passeurs vont chercher des prisonniers de guerre évadés à la nouvelle frontière franco-allemande : « À la mémoire de mon ami Jean Favret, que ses camarades reconnaîtront ici. ». Sous le nom littéraire de “Masson”, Favret est décrit ainsi : « Sur un corps d’athlète resplendissait sa tignasse rouge, qui couronnait un visage mangé par des tâches de rousseur et troué de grands yeux bleus, limpides et doux (…), des mains agiles et puissantes qui s’étaient développées en faisant plus d’un métier, en maniant tour à tour les mancherons de la charrue et, dans les laiteries de la Saône, les meules de gruyère ; des mains solides et comme galvanisées au défournage, dans les tuileries des hautes vallées. (…) L’école quittée tout de suite après le certificat, parce qu’il était le cadet de quatre orphelins de guerre, (…) Dès quatorze ans, il lisait beaucoup ; (…) L’expérience avait fait le reste, l’épreuve de la misère et de l’injustice dans ces dures petites usines pour paysans-prolétaires… Bientôt, tous deux [lui et son ancien instituteur, le narrateur, peut-être Cogniot] avaient couru les réunions ensemble ; depuis 1934, ils avaient livré ensemble cinq ans de combats pour les droits du peuple, pour l’organisation de la paix. Après juin 1940, ils s’étaient retrouvés… » « (Masson) connaissait ce versant lorrain du Ballon d’Alsace. Autrefois, au temps de la paix, il venait souvent jusqu’ici, le dimanche ; il arrivait, par le Thillot, de la haute vallée de l’Ognon où il travaillait, pour lancer sa bicyclette à l’assaut de la route raide du Ballon et mesurer ses capacités de grimpeur. »
Le 22 juin 1941, Jean Favret est arrêté à l’initiative des autorités d’occupation, parmi vingt-trois militants communistes et syndicalistes de la Haute-Saône [1] (dont les sept futurs “45000” du département et Georges Cogniot, natif du même village) ; n° 11 sur la liste. Il est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht ( Frontstalag 122 – Polizeihaftlager ).
Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.
Entre fin avril et fin juin 1942, Jean Favret est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).