Louis EUDIER

Matricule 45523
survivant
Photographie de Louis EUDIER
Photographie à vérifier
Convoi 45000

Né le 30 avril 1903 au Havre (Seine-Maritime [1] – 76). Il est le quatrième d’une famille de onze enfants. Gravement blessé au pied droit à l’âge de six ans, les orteils sectionnés, il passe dix-huit mois à l’hôpital. Il sera exempté de service militaire.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 8, rue Ernest-Lefèvre au Havre, dans le quartier de l’Eure, jouxtant le port entre les bassins Bellot et de l’Eure. Il est fiancé. Il travaille dans une tréfilerie ( Tréfileries et Laminoirs du Havre , à Graville ?), puis dans un chantier naval d’où il est licencié en 1922 pour fait de grève. Après une longue période de chômage, on le retrouve à la Compagnie Générale Transatlantique (la Transat), employé comme charpentier.

Adhérent de la CGTU en 1922, il crée une section syndicale à la Transat en 1926, appartient au Conseil syndical CGTU, puis CGT, du Havre.

Le 9 mai 1936, avec la direction – alors unitaire – du syndicat des Métaux, il organise la première grèveavec occupation d’usine en France, dans les ateliers des avions Bréguet (hydravions [2]), suite au licenciement de deux ouvriers – Triboulet et Vachon – grévistes le 1er mai. Les grévistes menacent, si la police municipale intervient pour les expulser, de se retrancher et de se battre dans l’atelier où un prototype est mis au point. Après négociations, les deux délégués sont réintégrés avec paiement de leurs journées perdues et les journées d’occupation furent payées à l’ensemble des grévistes, ce qui est une première. Le succès ainsi obtenu lance cette forme d’action dans tout le pays. Politiquement, il se définit lui-même comme « un communiste sans carte ».

Après la signature du pacte germano-soviétique, la majorité réformiste et anarchiste de la section CGT du Havre obtient la dissolution de la section syndicale de la Métallurgie, dont il est le secrétaire général.

Réformé à cause de son pied, il est mobilisé civil à Fécamp sur un chantier de marine où il “échoue” à son examen de charpentier (son métier !). Il est alors envoyé à Honfleur, mais au bout d’une semaine arrive la débâcle militaire. Il traverse l’estuaire et rentre au Havre, où il organise bientôt un système de ravitaillement informel.

En août 1940, il réoccupe la permanence du syndicat des Métaux du Havre, au 32 rue Fulton – siège également du syndicat des marins – parallèle à la rue E.-Lefèvre. Dans la même période, après une manifestation dans les rues du Havre pour obtenir qu’une allocation d’attente soit versée aux démobilisés sans ressources, il rencontre le sous-préfet avec Louis Richard et un autre ancien délégué syndical. Lui et ses camarades obtiennent l’autorisation de faire paraître dans la presse un communiqué afin que les travailleurs démobilisés viennent à la permanence chercher des informations pour régler leur situation. C’est ainsi qu’avec Gaston Mallard, Louis Richard, et Eugène Thépot, il reconstitue le syndicat des métallos sous la forme autorisée (“légale”). Parallèlement, il développe l’action clandestine : réseau de propagande, formation de groupes dans les entreprises. Il est homologué RIF à la date du 1er mars 1941.

En avril 1941, il est convoqué à Paris, au siège de la Fédération des Métaux, où le dirigeant pétainiste l’accuse de faire paraître des tracts le traitant d’hitlérien et le met en garde. Louis Eudier récuse l’accusation.

La permanence du syndicat de Métaux du Havre est perquisitionnée presque tous les jours par le commissaire de police du quartier de l’Eure. Le domicile de Louis Eudier, chez ses parents, est également fouillé, sans succès. La police allemande elle-même le convoque pour interrogatoire. Le 9 juillet 1941, leSyndicat des Travailleurs de la Métallurgie du Havre est dissout et ses biens mis sous séquestre. Des scellés sont apposés sur le local.

Le 12 juillet vers 11 heures, des militaires allemands viennent arrêter Louis Eudier à la permanence du syndicat des marins et le conduisent d’abord dans le local de la Gestapo, rue Hippolyte-Fenoux, pour un interrogatoire. Jugé rapidement par le Tribunal de grande instance du Havre comme « secrétaire d’un syndicat communiste », il est condamné en application des décrets de septembre 1939. Avec Mallard, Richard et Thépot, il passe de la maison d’arrêt du Havre (rue Lesueur) à celle de Rouen, la prison Bonne-Nouvelle.

Dans le deuxième semestre de l’année 1941, les mêmes sont remis aux autorités d’occupation et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60). En octobre ou novembre, Louis Eudier se tourne vers deux militants du Havre qu’il connaît, Georges Plongenven et Jules Le Troadec, pour demander son adhésion au Parti communiste clandestin, dirigé dans le camp par Georges Cogniot. Celui-ci accepte et Louis Eudier intègre un “groupe de trois” (un “triangle”) avec Mallard et Richard. Georges Cogniot les fait désigner aux cuisines pour garantir une distribution équitable de la nourriture.

Dès le 8 décembre 1941, Louis Eudier figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Feldkommandantur de Rouen.