Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.
Louis Momon naît le 19 juin 1896 à Accolay (Yonne – 89), chez ses parents, Justin Momon, 44 ans, vigneron propriétaire, et Louise Maître, 36 ans, vigneronne, son épouse, habitants au village. Les deux témoins pour l’enregistrement du nouveau-né à l’état civil, dont Gabriel Momon, 39 ans, sont également vignerons. Louis a deux frères plus âgés : Léon, né le 22 août 1884, et Jules, né le 21 mai 1887. En 1901, la famille habite rue du Cimetière ; Léon, 16 ans, travaille comme garçon pâtissier, et Jules, 14 ans, comme garçon épicier. En 1906, Léon, 22 ans, travaille à son tour comme vigneron.
Accolay, vue depuis la RN 6. Carte postale oblitérée en 1950. Collection Mémoire Vive.
Louis Momon a une formation de serrurier maréchal, puis de mécanicien outilleur.
La Première Guerre mondiale est déclenché début août 1914. Le 12 avril 1915, Louis Momon est mobilisé comme soldat de 2e classe au 30e régiment d’artillerie. Le 17 juin 1916, il passe à la 56e compagnie du 13e régiment d’artillerie, unité qui monte au front ; le 1er juillet suivant, il passe au 40e régiment d’artillerie. Pour un motif restant à préciser, il est soigné dans un service d’ambulance du 22 novembre au 7 janvier, puis à l’hôpital jusqu’au 26 février 1917. Il est encore hospitalisé un mois en août. Le 12 septembre 1917, il est affecté au 38e régiment d’artillerie, dans l’Armée d’Orient ; le 19 février 1918, il passe au 109e régiment d’artillerie lourde. Maintenu sous les drapeaux, alors qu’il aurait dû passer dans l’armée de réserve, il est affecté au 145e régiment d’artillerie lourde le 1er mars 1918 ; le 5 mai 1919, rapatrié, il passe au 105e régiment d’artillerie lourde à Marseille ; le 6 avril (?) suivant, il passe au 30e régiment d’artillerie de campagne. Il est renvoyé en « congé illimité » le 20 septembre 1919 et se retire à Accolay, titulaire d’un certificat de bonne conduite.
Pendant un temps, Louis Momon habite impasse Maison Fort n°1 à Auxerre (89). Ajusteur mécanicien, il entre à la section des Jeunesses syndicalistes fondée par Adrien Langumier et René Roullot, devient secrétaire adjoint du Syndicat des Métallurgistes et secrétaire-adjoint de la Bourse du travail d’Auxerre.
Il prend part à la vague révolutionnaire de mai 1920. En juin, il loge, avec Albert Guichard au 53, rue Escuder à Boulogne-sur-Seine (Seine / Hauts-de-Seine). Poursuivi pour coups et blessures, et entraves à la liberté du travail, il s’enfuit pour échapper à la justice, se réfugiant à Genève (Suisse). Acquitté par le tribunal correctionnel d’Auxerre le 11 novembre 1920, il rentre en France, et arrive à Sens (89) le 16 novembre. Il trouve du travail à l’usine Fichet. En décembre, il est domicilié au 15, rue du Plat-d’Étain à Sens, puis au 8, rue Thénard dans cette ville.
En décembre, il est domicilié au 15, rue du Plat-d’Étain à Sens, puis au 8, rue Thénard dans cette ville, toujours avec Albert Guichard. Comme militant du syndicat des métaux de Sens, il publie dans Le Travailleur du 26 février 1921, un article appelant les participants au congrès de l’Union départementale du 27 février à se prononcer pour l’adhésion à « l’Internationale rouge de Moscou » ; il intervint au congrès dans le même sens. Il quitte son travail le 13 avril suivant au soir.
En mai, il est hébergé à Paris chez un de ses frères, Jules, alors ouvrier aux usines Potin de la rue de L’Ourcq, et domicilié en logement au 2, passage Dantzig, 15e arrondissement ; la Sûreté générale (ministère de l’Intérieur) avise de cette présence le préfet de police, qui transmet l’information à son service des Renseignements généraux. Louis Momon déclare alors dans son entourage qu’il vend sur les marchés de banlieue, bien qu’étant inconnu au service des marchands forains et marchands de quatre saisons. Il ne fréquente pas alors ouvertement les milieux révolutionnaires et n’exprime pas publiquement ses opinions.
À partir du 1er décembre 1922, il emménage dans un “garni” au 32, rue des Entrepreneurs. La police ne connaît alors pas son employeur.
Membre de la 15e section de la Fédération communiste de la Seine, Louis Momon milite au groupe des Jeunesses communistes du 15e arrondissement, notamment chargé de l’éducation de Pionniers. Le 24 juin 1923, vers 19 heures, à l’angle des rues Vercingétorix et du Texel, deux gardiens de la paix du commissariat du quartier de Plaisance l’interpellent alors qu’il est à la tête de vingt-cinq pupilles communistes d’une dizaines d’années parcourant les rues en chantant une version “adaptée” de L’Internationale . Conduit au commissariat, devant lequel stationnent les enfants, il est relaxé une heure plus tard après vérification de son domicile. L’affaire n’a pas de suite judiciaire.
Le 13 juillet 1923, Louis Momon dépose à la préfecture de police une demande de passeport pour se rendre à Subotica, en Yougoslavie, « en villégiature » pour y « voir des amis ». La Sûreté générale n’y fait pas opposition et il reçoit son passeport le 25 juillet. En octobre suivant, il dépose une demande de passeport à destination de la Tchécoslovaquie – toujours pour « villégiature » – qui lui est accordé le 26 du mois ; il vient le chercher le 2 novembre.