Lucien BELLET

Matricule 45224
decede
Photographie de Lucien BELLET
Lucien Bellet © Jacqueline Flumas (2) — Source photo : https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2011/12/bellet-lucien/
Convoi 45000

Auschwitz, le 8 juillet 1942. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Lucien Bellet naît le 18 avril 1907 à Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime [1] – 76), rive gauche, à l’intérieur du méandre de la Seine, chez ses parents, Louis Bellet, 31 ans, comptable, et Eugénie Cauchois, 22 ans, son épouse, domiciliés rue Jean-Baptiste Gilbert.

Le 13 juillet 1931, à Notre-Dame-de-Bondeville, à l’ouest de l’agglomération de Rouen (76), il épouse Germaine Clatot. Ils ont ensemble cinq enfants : Lucien, 9 ans lors de l’arrestation de son père, Jacqueline, 5 ans, Yvette, 3 ans, Jean-Claude, 18 mois, et Denise, 3 mois.

Le 22 mars 1932, le commissaire spécial de Rouen établit une notice individuelle à son nom, le désignant comme « sympathisant du PC, mais ne fait pas de propagande. A été nommé trésorier du Comité de lutte contre la guerre, section de Maromme ».

Au moment de son arrestation, Lucien Bellet vient d’emménager au 3, impasse Bellevue, à Notre-Dame-de-Bondeville.

Il est tourneur sur métaux et travaille chez Lethuillier-Pinel, à Sotteville, entreprise fabriquant des appareils de sûreté pour chaudières (et existant toujours en 2006), où il est délégué syndical CGT. Néanmoins, après son arrestation, son patron conserve sa place à l’atelier et aide son épouse.

Communiste, Lucien Bellet est membre de la cellule Charles-Tierce de Maromme (76). Militant, il distribue des tracts et participe à des réunions qui se tiennent dans la salle Gadoulot, à Notre-Dame-de-Bondeville. Il rend sa carte à la suite du pacte germano-soviétique, signé fin août 1939.

Le 21 octobre 1941, lors de la grande rafle de Rouen et de sa banlieue [2], les gendarmes de Maromme viennent à son nouveau domicile pour l’arrêter, mais ne trouvent que sa femme et ses enfants : il est en déplacement à l’usine textile des Établissement Blin (ou à l’usine Canthelou), à Elbeuf (76). Craignant pour sa famille, son épouse leur indique où le trouver. Son patron essaie de le prévenir. Le lendemain, Lucien Bellet est arrêté à l’hôtel où il loge avec un collègue, ou à l’usine Canthelou, sur les indications des services de gendarmerie de Rouen, « par mesure administrative sur instruction verbale de la sous-préfecture ». Il rejoint les autres hommes arrêtés et rassemblés à la caserne Hatry de Rouen, où il semble garder un bon moral.

Rouen. La caserne Hatry dans les années 1920. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht ( Frontstalag 122 – Polizeihaftlager ), Block 14 (matricule n° 2044), d’où il envoie à sa femme plusieurs lettres et une chaîne de forçat (menotte, boulet) en bois façonnée au camp.

Le 1er mars, Lucien Bellet « parle pays » avec Pierre Rigaud, d’Ivry-sur-Seine, connu à l’automne 1934, quand celui-ci résidait à Déville-les-Rouen et travaillait comme dessinateur industriel à l’usine Bréguet, ayant été envoyé dans la région de Rouen pour participer au développement du Parti communiste. Ensemble, ils évoquent alors l’attentat mené le 23 février précédent place de l’Arsenal au Havre et la menace pesant sur les otages.

Le 7 mars, Pierre Rigaud, Corentin Cariou et Léopold Réchossière sont extraits de Royallieu, transportés jusqu’à la Butte-aux-Zouaves à Moulin-sous-Touvent, dans la forêt de Carlepont (à une trentaine de km du camp) et fusillés comme otages en représailles de l’attentat du 1er mars contre une sentinelle allemand rue de Tanger à Paris 19e.