En avril 1941. © DAVCC, Caen.
Le 8 mai 1938, avec d’autres habitants, il récupère dans une resserre les meubles d’une locataire, veuve de guerre et mère de famille, qui vient d’être expulsée et la réinstalle dans son logement, malgré l’opposition d’un brigadier et deux gardiens de la paix appelés par la concierge. Dix jours plus tard, au cours d’une réunion de Parti organisée au 103, rue Bobillot, il proteste violemment contre l’expulsion de la veuve et les poursuites engagées contre les responsables de l’amicale.
En mai 1939, l’armée le classe dans « l’affectation spéciale au titre du tableau 3 » aux Laboratoires LMT – un autre site de la même entreprise – au 46, avenue de Breteuil à Paris 7e.
Le 8 juillet 1942, Lucien Godard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45610, selon les listes reconstituées et par comparaison de la photo retrouvée du détenu portant ce matricule avec celle transmise par sa famille pour les recherches.
Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.
Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.
Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos .
Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Lucien Godard.
Liste de transport au départ du KL Auschwitz et liste d’enregistrement au KL Flossenbürg avec de nouveaux n° matricules. © Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim (Pologne).
La confusion provient très probablement de ce que Pontet et Vermeulen ont chacun côtoyé, dans l’enceinte de la prison de Brieg, un détenu portant le même patronyme : Godard Jacques , né le 2 août 1910 à Louviers (27), déporté dans le transport «NN» de 29 hommes parti le 28 août 1942 de Paris, gare de l’Est, et arrivé au Sonderlager Hinzert le 29 août 1942, passé ensuite par les prisons de Wittlich, Wohlau, Breslau, Brieg, puis transféré au KL Flossenbürg où il est mort le 10 avril 1945 (réf. Mémorial FMD , I.50., tome 1, pages 477-478). On constate que la date de décès des deux Godard est la même. Le prénom diffère, mais ces détenus se désignaient-ils plutôt par leurs prénoms ? Et quelle mémoire en était restée ? Par ailleurs, aucun des deux témoins de Brieg ne fait allusion au passage par Auschwitz de “leur” Godard, pourtant notable en raison du matricule tatoué. Le nom de Lucien Godard n’a pas été inscrit sur le monument dédié aux 67 ouvriers de la Snecma « Morts pour que vive la France », alors installé à l’intérieur de l’usine du boulevard Kellerman, puis déplacé dans la nouvelle usine de Corbeil (Essonne) après le déménagement de celle-ci en 1968, et où sont portés les noms de quatre autres “45000” : Henri Bockel, Roger Desmonts, Maurice Fontès et Ernest Rossignol. Au bas du monument est inscrit, à juste titre : « Et à la mémoire de tous ceux dont les noms n’ont pas trouvé place sur cette plaque »…
Lucien Godard est homologué comme “Déporté politique”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 24-10-1993).
Notes :