Lucienne Dite Annie FERRÉ

Matricule 31722
survivant
Photographie de Lucienne Dite Annie FERRÉ
Photographie à vérifier
Convoi 31000

Lucienne Proux naît le 11 octobre 1922 à Ville-d’Avray [1] (Hauts-de-Seine – 92), mais elle grandit à Rochefort (Charente-Maritime [2] – 17) où son père est cheminot. Après le certificat d’études, elle apprend la coiffure. Mais on ne sait si elle a exercé son métier avant de se marier, très jeune.

Avant la guerre, elle est membre de l’Union des jeunes filles de France.

En mai-juin 1940, son mari est fait prisonnier de guerre et envoyé dans un Stalag en Allemagne.

Au début de 1942, Renée Michaux, assurant la liaison du PCF clandestin entre le Sud-Ouest et Paris, charge Gilberte Tamisé de recruter Lucienne Ferré qu’elle avait connue à Rochefort. Au retour de sa mission, Gilberte fait observer que Lucienne lui semble jeune et peu solide. Renée Michaux, qui n’a elle-même que vingt-deux ans, ne partage pas ce jugement et Lucienne devient « Annie ».

En juillet 1942, Annie est arrêtée à Bordeaux (Gironde – 33) – il faudrait connaître la date exacte… Elle est écroué au Fort du Hâ.

Les “Bordelaises” l’accuseront d’avoir dénoncé un grand nombre de ses camarades. Au cours des interrogatoires qu’elle subit, “charge”-t-elle ou identifie-t-elle des personnes déjà arrêtées et/ou ses déclarations favorisent-elles de nouvelles arrestations de résistants ? Parmi ceux-ci, y a-t-il des “31000” ? (Renée Michaux et les sœurs Tamisé ont été arrêtées avant). À vérifier…

Le 16 octobre 1942, “Annie” est parmi les 70 hommes et femmes – dont 33 futures “31000” (les “Bordelaises” et les Charentaises) – transférés depuis le Fort du Hâ et la caserne Boudet de Bordeaux au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [3] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Lucienne Ferré y est enregistrée sous le matricule n° 945. Pendant trois semaines, les nouveaux arrivants sont isolés, sans avoir le droit d’écrire, puis ils rejoignent les autres internés (hommes et femmes étant séparés mais trouvant le moyen de communiquer).

Le 22 janvier 1943, Lucienne Ferré fait partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise .

Lucienne Ferré y est enregistrée sous le matricule 31722.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.