Lucienne PALLUY

Matricule 31689
decede
Photographie de Lucienne PALLUY
Photographie à vérifier
Convoi 31000

Un grand-père, du côté paternel, communard, a disparu pendant la Semaine sanglante. Son père, vieux socialiste, avait adhéré au parti communiste après la scission de Tours (1920). Il était représentant de commerce ; la mère était employée de bureau.

Lucienne suit un cours commercial après avoir obtenu son certificat d’études et se met au travail de bonne heure. Elle est sténo-sténodactylo.

Tout naturellement, dirait-on, elle adhère à l’Union des femmes contre la guerre et le fascisme en 1936 (c’est le temps du Front populaire, de la guerre contre le fascisme en Espagne) et au parti communiste en 1939. En février de cette année-là, elle est secrétaire du conseiller municipal communiste du quartier Charonne (Paris 20e), Raymond Bossus. Ce serait au domicile de celui-ci, lors d’une réunion familiale avant la déclaration de guerre qu’elle ferait la connaissance de Jules Dumont (le colonel Dumont), ancien des Brigades internationales.

Pendant un temps (dès avant 1936 ?), Lucienne Palluy vit avec sa mère, Mathilde, veuve et impotente, au 2-4, place de la Porte de Bagnolet (Paris 20e) ; bâtiment n° 20, troisième étage, porte gauche.

Au cours de la débâcle de l’été 1940, son frère Georges est fait prisonnier de guerre et conduit en Allemagne.

Quand les Allemands occupent Paris – sachant qu’elle est connue comme communiste -, Lucienne Palluy évite son appartement et entre en clandestinité. Pendant un temps, elle habite au 7, villa du Bel-Air (Paris 12e), mais retourne régulièrement Porte de Bagnolet pour approvisionner sa mère.

Puis quand se forment les premiers groupes de l’Organisation spéciale [1], elle est attachée à Jules Dumont, dit « Paul », de qui elle devient l’agent de liaison. À partir de décembre 1940, celui-ci loue un appartement au 7, avenue Jean Veber, vers la Porte de Bagnolet (Paris 20e) – escalier 21, 6e étage. Lucienne Palluy possèdera un double de la clé.

Dans son cas, agent de liaison signifie aussi : porter de la poudre noire et de la cheddite à Madeleine Dechavassine qui les utilise pour en faire des engins, remettre ceux-ci à Henri Douillot, transporter des explosifs par kilos dans des cabas de ménagère.

Le 8 novembre 1941, Lucienne Palluy et Jules Dumont se mettent « en ménage » au 4, square du Sancerrois, dans les immeubles HBM du 37, boulevard Poniatowski (Paris 12e) – 4e étage, porte gauche. Pour cela, ils font transporter par un déménageur le mobilier respectif de leurs habitations précédentes. À l’occasion de ce déménagement, Jules Dumont passe la nuit dans l’appartement de la Porte de Bagnolet. C’est peut-être alors qu’il y dépose, dans une valise, plusieurs uniformes de brigadiste ainsi que des documents personnels.

En septembre 1941, le colonel Dumont, à également loué – sous le nom de Journet – un un appartement au 5, avenue Debibour, pour servir de laboratoire d’explosifs et de cache d’armes. Quand Gilbert Brulstein, qui s’y est caché après l’attentat de Nantes, est repéré dans le restaurant voisin de la Mère My (Constance Rappeneau), les surveillances policières, le coup de filet (prématuré) du 25 novembre et les interrogatoires font découvrir cette planque et l’identité de Dumont. Son portrait est diffusé et l’étau se resserre. Une de ses planques est repérée. À la suite d’une enquête de voisinage, les inspecteurs rapportent : « Des renseignements recueillis, il résulte qu’un individu correspondant au signalement de Dumont a été aperçu tout récemment et à deux reprises différentes au 78, rue Sedaine. La première fois, il était seul, et la seconde, en compagnie de la femme Mund (pseudonyme de Lucienne Palluy) », ajoutant « La femme Mund, que l’on dit couturière, ne semble se livrer à aucun travail rétribué ». Les surveillances ultérieures ne donnent aucun résultat.

Début décembre, tous deux vont voir la concierge du 11, rue Liancourt (Paris 14e), dans la perspective de louer un appartement devant bientôt être disponible.

Le mardi 9 décembre dans la matinée, Jules Dumont quitte leur logement du 12e après avoir brûlé certains papiers et sans préciser où il se rend.