Collection André Lermite – Droits réservés.
« Marguerite, de Nantes… c’est tout ce que nous savions d’elle », écrira Charlotte Delbo en 1965…
Marguerite, Marie, Philomène, Henriette Joubert nait le 25 février 1910 à Vallet (Loire-Inférieure / Loire-Atlantique [1] – 44), fille de Pierre Joubert, 34 ans, ouvrier-maçon puis employé d’assurance, et de Marguerite Potier, 24 ans, couturière, son épouse. Elle a deux frères : Pierre, né en 1905, et Emmanuel, né en 1913.
Durant la Première Guerre mondiale, la famille s’installe à Nantes (44). Les enfants sont scolarisés dans l’école catholique Saint-Joseph, rue d’Allonville (son frère cadet deviendra professeur de lettres, proche des Croix-de-Feu)..
À douze ans (1922), après que Marguerite ait obtenu le Certificat d’études primaires, ses parents l’envoient à l’École Primaire Supérieure de Nantes. Dans la même période, elle se découvre « souverainement libre grâce à (sa) faculté d’écrire », essentiellement de la poésie.
À l’automne 1926, elle est admise à l’École normale d’institutrices de Nantes. Mais, en avril 1927, une vague de tuberculose se répand parmi les pensionnaires. Étant au nombre des malades, Marguerite est renvoyée chez ses parents, qui l’isolent dans sa chambre.
Au bout d’un an, elle est admise au sanatorium mutualiste pour instituteurs de La Sainte-Feyre (Creuse).
Le sanatorium de La Sainte-Feyre. Carte postale. Collection Mémoire Vive.
Après une quarantaine d’observation dans sa petite chambre individuelle, Marguerite Joubert peut rejoindre les autres malades, au réfectoire et dans la coursive de cure air/soleil.
Sanatorium de la Sainte-Feyre. Galerie réservée aux enseignantes. Carte postale, sans date. Collection Mémoire Vive.
Au gré des entrées et sorties, voire des décès, une micro-société improvisée et mouvante se constitue réunissant certaines d’entre elles autour de la littérature et de pratiques de sociabilité contrevenant aux règles de l’établissement. Au sein de ce cénacle, on trouve Marcelle B. – admise en 1927 et surnommée “Ultraviolette” en raison de la répétition des séances de radiothérapie reçues -, Hélène, Thérèse, Madeleine Clouet… Marguerite Joubert, que certaines surnomment “Bijou” ou “Mademoiselle Joujou”, leur donne à lire ses poèmes.
Le sanatorium recevant également des enseignants masculins dans une aile distincte, Marguerite est encouragée dans son écriture par un “admirateur”, un instituteur plus âgé et déjà marié, Simon Albert.