Marie, Aminthe [1], Auger nait le 7 juin 1884 à Courbillac, 17 km au nord-est de Cognac (Charente – 16), fille de Christin Auger et de Marie Léontine Pitadon. Ses parents sont cultivateurs. Plus tard, ceux-ci acquièrent une ferme au lieu-dit Les Violettes, sur la commune de Sainte-Sévère, toute proche ; au nord du village. Les Violettes, c’est un hameau de quatre maisons, dans le pays bas, inondé l’hiver (sur le Thidet ?, petit affluent de la Soloire), séparé de la route par cinq cents mètres de champs et de taillis. Le 31 octobre 1905, à Saint-Sévère, Marie, Aminthe, Auger se marie avec Prosper Adrien, Guillon, né le 4 mars 1880 à Cherbonnières (Charente-Maritime – 17, à 28 km de Sainte-Sévère), cultivateur. Elle reprend avec lui la ferme de ses parents.
Ils ont trois enfants, tous nés aux Violettes : Jean, Christin, né le 28 avril 1908, Pierre, Rémond, né le 28 mars 1912, et Pierrette, Paule, Léontine, née le 21 septembre 1914.
Le 22 juin 1938 à Sonnac (Charente-Maritime, à 12 km de Sainte-Sévère), leur fils aîné, Jean, épouse Marcelle, Yvette, Sardet, née le 26 mai 1911 à Saint-Médard-de-Rouillac (Charente) selon le livret de famille (ou aux Vignes-de-Sonnac, commune de Thors en Charente-Maritime, selon Ch. Delbo). Les parents de la jeune femme, Gabriel Sardet et Marie-Louise Boisnier, sont décédés au moment de son mariage.
Le couple s’installe à la ferme des Violettes. Jean et Yvette n’ont pas d’enfant.
Mobilisé fin août 1939, Pierre Guillon est fait prisonnier de guerre avec son régiment, le 12e zouave, le 14 juin 1940 à Le Buisson (Marne). Il est envoyé au Stalag IV C à Brüx, dans les Sudètes, en Tchécoslovaquie annexée par l’Allemagne.
Les Guillon sont communistes. Quand se forment les Francs-tireurs et partisans (FTP), ils en font partie.
Les combattants ont besoin d’armes. À Jonzac, il y a d’anciennes carrières, profondes parfois de mille mètres, utilisées comme champignonnières. Les Allemands en font un arsenal. Ce dépôt, le deuxième en France pour son importance (équivalant à 1100 wagons de munitions), ravitaille le front de Normandie et la côte atlantique [2].
Dès 1942, il y a parmi les ouvriers – des requis – de cet arsenal souterrain deux cents résistants : ils sont munis de fausses cartes d’identité qui leur ont été délivrées par le maire de Jonzac. L’organisation fonctionne bien : des quantités d’armes sortent de la carrière tous les jours. Elles sont disséminées dans les fermes des environs. Toutes les fermes charentaises ont leur dépôt : Pateau, Alice Cailbault, d’autres. Marcel Blateau, électricien, en cache dans un transformateur.
Le 27 juillet 1942, Albert et Élisabeth Dupeyron, de Bègles (Gironde – 33), arrivent aux Violettes : après une réunion clandestine qui vient de se tenir chez les Vallina à Cognac, ils viennent chercher des armes pour les FTP de Bordeaux.
Le même jour, dans un village voisin situé sur la route départementale à trois kilomètres des Violettes, deux prétendus marchands de cochons demandent où se trouve la ferme des Guillon qu’on leur a dit avoir des bêtes à vendre. Ils se dirigent vers les Violettes, mais n’y vont pas. Ils passent la nuit dans un taillis, entre la route et la ferme ; on a retrouvé ensuite dans ce taillis les traces de leur affût une quantité de mégots.
Le même jour encore, une note émanant des renseignements généraux indique : « M. Poinsot part ce soir à 23 heures pour les Charentes avec les autorités allemandes et six inspecteurs avec chiens. Ils se proposent d’effectuer une action simultanée à La Rochelle, Saintes, Cognac et d’autres localités, en vue d’arrêter des groupes terroristes. »
Le lendemain 28 juillet, entre 4 et 5 heures du matin, un voisin partant travailler à la laiterie croise sur la route une compagnie de deux cents soldats allemands en camions se dirigeant vers la ferme. Celle-ci est investie. Prosper Guillon et sa femme, Jean Guillon et Yvette, Élisabeth et Albert Dupeyron sont arrêtés. Les Allemands trouvent les armes. Peu, heureusement : par précaution, les dépôts ne sont pas importants.