Prudent, Clément, Prel naît le 1er mars 1894 au lieu-dit le Bois aux Moines à Cigné (Mayenne) [1], chez ses parents, Prudent (lui aussi), François, Prel, 29 ans, « cultivateur fermier », et Joséphine Gautier, 27 ans, son épouse. Les témoins pour la présentation du nouveau-né à l’état civil sont deux instituteurs du village. Prudent a trois frères, Georges, François et Louis, et trois sœurs, Hyacinthe, Marie et Alice. En 1896, la famille est encore domiciliée au Bois aux Moines, mais elle n’y est plus recensée en 1901.
En 1914, la famille habite le village de Champsecret, canton de Domfront, dans l’Orne, où Prudent travaille avec ses parents comme cultivateur.
Le 4 septembre de cette année, Prudent Prel est mobilisé comme soldat de 2e classe au 119e régiment d’infanterie à Lisieux (Calvados), arrivant au corps trois jours plus tard. Le 8 février 1915, il passe au 28e régiment d’infanterie, qu’il rejoint en première ligne, sous les bombardements, dans le hameau surélevé de Sapigneul (cote 108), commune de Cormicy (Marne), secteur du Chemin des Dames. Le 24 mars, il passe au 77e RI, provisoirement cantonné à Ypres (Belgique flamande) avant une période de repos à Watou, en Belgique à la frontière française. Le 1er mai suivant, Prudent Prel, malade, est évacué sur l’intérieur. Le 31 août, il est de retour dans son régiment qui cantonne à Ransart (Pas-de-Calais). Le 23 septembre 1915, il passe au 66e RI, en cantonnement à Molliens (Oise). Début mai 1916, lors de la bataille de Verdun, en première ligne à la côte 304, située 2 km au Nord-Ouest de la ville, son unité subit de violents bombardements ; les 5 et 6 mai, le régiment compte ainsi 150 tués et 397 blessés avant d’être relevé.
La cote 304 après la guerre. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Prudent Prel est légèrement blessé à la tête par un éclat d’obus. Le 15 juillet, il rejoint son régiment. Une semaine plus tard, le 22 juillet, il passe au 54e RI, alors cantonné au repos au sud de la Fère-en-Tardenois (Aisne). Le 25 septembre 1916, à Bouchavesnes – village particulièrement ruiné par les combats, à 9 km de Péronne -, Prudent Prel est blessé à l’avant-bras gauche et évacué le lendemain. Le 16 octobre, il est cité à l’ordre de son régiment : « Belle conduite au cours des combats […] . A été blessé en montant à l’assaut des tranchées ennemies. » Il reçoit la Croix de guerre avec étoile de bronze.
La Croix de guerre 1914-1918 avec étoile de bronze. © MV
Le 19 mars 1917, il passe au 19e bataillon de chasseurs à pied, qu’il rejoint le 27 mars alors que celui-ci occupe un secteur du front vers Moussy-sur-Aisne et Condé-sur-Aisne. Un an plus tard, dans la soirée du 29 mars 1918, lors de l’Offensive de printemps (“bataille du Kaiser”), le 19e bataillon se déploie dans l’urgence à l’intérieur et aux alentours du village de Grivesnes (Somme) afin de faire barrage à une offensive allemande attendue. Le 19e chasseurs contre efficacement une vague d’assaut des 1er régiment à pied de la garde et 111e régiment Markgraf Ludwig Wilhelm lancée le 30 mars au soir et reprise le lendemain à partir de midi, notamment dans le parc du château, bâtiment où les Français se sont retranchés.
Grivesnes, le château après la Grande Guerre. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Mais, le 31 mars, « Les allemands ont pénétré dans le poste de secours, établi dans une maison à l’intérieur du village, et ont emmené prisonniers le médecin chef, le médecin auxiliaire, le pharmacien et tout le personnel du service de santé. » (page 62 du JMO)
Grivesnes. La rue de Montdidier à la fin de la Grande Guerre. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Le même jour, Prudent Prel est porté disparu. Fait prisonnier, il est détenu pendant neuf mois au Mannschaftslager de Dülmen, sur le Rhin, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le 25 décembre 1918, il est rapatrié au D.C.I. de la 4e région. Le 4 février 1919, il passe au 130e RI, alors cantonné dans le Cher. Le 6 septembre suivant, il est envoyé en congé illimité de démobilisation et se retire chez ses parents à Champsecret, titulaire d’un certificat de bonne conduite.
Prudent Prel part trouver du travail en région parisienne. Fin janvier 1920, il est domicilié au 19, place du square Thiers à Saint-Denis (Seine / Hauts-de-Seine – 93).