Raymond Chevallier naît le 18 août 1894 au hameau de la Pérelle à Hébécourt (Eure), fils d’Auguste Chevallier, 40 ans, « propriétaire » (sic), et de Marie Claire Danger, son épouse, 34 ans.
Raymond a un frère aîné, Auguste, âgé de 18 ans en 1901. Cette année-là, le père de famille héberge sa propre mère Ernestine Rainville, 72 ans. Dans le même hameau habite sa sœur, Claire Chevallier, 21 ans, mariée à Arthur Roussel, 28 ans, meunier.
Le 11 juillet 1911, sa mère, Marie Chevallier, décède prématurément au domicile familial, âgée de 50 ans. Son décès est déclaré à la mairie d’Hébécourt par son gendre, Arthur Roussel, meunier habitant alors à Saint-Denis-le-Ferment, commune limitrophe au sud ; son mari, Auguste Chevallier, a alors 57 ans.
Pendant un temps, Raymond Chevallier travaille également comme meunier à Saint-Denis-le-Ferment (sur les rives de la Levrière ?), probablement avec son oncle. C’est un jeune homme plutôt grand pour l’époque : 1 m 79.
Secteur d’Aix-Noulette : après l’action, une tranchée de première ligne bouleversées. Carte postale, collection Mémoire Vive.
Après la dissolution du Parti communiste, le 26 septembre 1939, le commissaire de police de la circonscription de Puteaux procède à plusieurs perquisitions dans son restaurant, mais sans y trouver le moindre tract.
Ce qui ne l’empêche pourtant pas, le 29 août 1939 – au tout début de l’occupation -, de signaler Raymond Chevallier à sa hiérarchie comme suspect, en tant qu’ex-militant du Parti communiste et membre actif de l’Amicale accordéoniste de L’Humanité .
À l’automne, au cours des repas, certains ouvriers de l’usine aéronautique Morane et Saulnier, toute proche, au 3-5 rue Volta, se réunissent au fond de la salle afin d’y discuter politique. La police les soupçonne de vouloir reconstituer clandestinement une cellule du PCF.
Le 9 décembre 1939, le commissaire de police envoie un rapport au cabinet du préfet de police. Ce jour là, « une certaine animation s’est produite parmi les ouvriers de l’usine Morane qui prennent leur repas au café Chevallier […] , voisin de l’usine. Les ouvriers, au nombre de 35 en moyenne, s’y rendent chaque jour entre 11 h 45 et 13 h 15. Ce matin, un ouvrier de l’usine, le nommé Potier, mobilisé aux armées et actuellement en permission de détente de dix jours, s’était présenté à l’usine pour travailler. Mais la direction, le connaissant comme un communiste notoire, avait refusé de l’embaucher. Il a attendu, dans la rue, ses camarades à la sortie de l’atelier. Les ouvriers, au cours de leur repas, ont commenté la décision des directeurs de l’usine. Toutefois, ils n’ont pas tenu de réunion publique. Monsieur Barthélémy, maire de Puteaux, n’a d’ailleurs été avisé de ces faits qu’à 17 heures. J’ai effectué ce jour une descente au café Chevallier : ni dans la salle du débit, ni dans les dépendances, ni dans le logement du propriétaire, je n’ai découvert aucun tract émanant du parti communiste. J’ajoute que la question de la propagande communiste retient sans cesse mon attention et celle de mes services. De nombreuses perquisitions ont été opérées. J’ai effectué une rafle dans divers débits fréquentés par les communistes de ma circonscription le 7 courant de 17 heures 30 à 19 heures 30. Une seconde rafle a été effectuée ce jour de 21 heures 30 à 24 heures. »
Le 11 décembre, Georges Barthélémy, maire SFIO de Puteaux depuis 1930 [2] envoie un “pneumatique” depuis la Chambre des députés au Gouverneur militaire de Paris : « Ayant appris par M. Chappaz, directeur de la Maison Morane, qui m’a fait faire la communication par sa secrétaire, que plusieurs communistes travaillant dans son usine s’étaient réunis le 9 décembre à midi chez M. Chevallier pour essayer de créer de l’agitation […] J’en ai immédiatement fait part à M. Le préfet de police, d’abord en téléphonant [au] directeur en l’absence du préfet, et en confirmant à celui-ci ma communication téléphonique par pneumatique. […] La clandestinité de la réunion qui s’est tenue chez lui est avérée et M. Chappaz peut en témoigner. J’ai donc demandé à M. le préfet de police de profiter de cette occasion pour faire fermer le café de ce communiste, et je lui ai signalé que j’avais vu ce matin à ce sujet M. Le commissaire de Puteaux qui m’a répondu qu’on ne pouvait rien faire parce qu’il n’avait été trouvé aucun document chez Chevallier. Il est certain en effet que les communistes prennent leurs précautions et s’arrangent pour qu’on ne trouve rien chez eux lorsqu’on perquisitionne. Mais les opinions de Chevallier et de ceux qui se sont réunis chez lui étant bien connues, il me paraît indispensable qu’on porte sans perte de temps le fer rouge dans ce genre d’organisation et qu’on profite de la moindre occasion et de la moindre preuve pour la disloquer d’une façon définitive dès maintenant. »
Le 15 décembre 1939, le commissaire de Puteaux adresse un rapport au préfet de police afin d’en obtenir la fermeture provisoire. Celle-ci est effective le 18 décembre. Le 30 janvier 1940, un inspecteur des RG rédige un nouveau rapport.
Le 22 juin 1941, les armées du IIIe Reich partent à l’assaut de l’URSS. Cette rupture de fait du pacte germano-soviétique modifie les modalités de répression du mouvement communiste en France occupée, avec des directives plus pressantes des autorités allemandes, sinon une prise en charge directe.