Renelde LEFEBVRE

Matricule 45761
decede
Portrait de Renelde LEFEBVRE
Leur fils Renelde. Source et crédits : Déportés politiques à Auschwitz.
Convoi 45000

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Renelde, Constantin, Edmond, Lefebvre naît le 28 janvier 1897 à Gonesse [1] (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), fils de Camille Lefebvre et de Marie-Louise Auquet.

Le 27 août 1914, à Dunkerque (Nord), âgé de 17 ans et demi, Renelde Lefebvre s’engage volontairement pour la durée de la guerre, rejoignant trois jours plus tard le 23e régiment de dragons. Le 12 novembre 1915, il part “aux armées”. Le 12 février 1917, il passe au 3e régiment de chasseurs d’Afrique (R.C.A.). Le 5 juin suivant, il passe au 4e R.C.A., participant à la campagne d’Orient (?). Le 18 septembre, il est rapatrié pour être hospitalisé (?), retrouvant son affectation au 3e R.C.A. Le 18 avril 1918, il passe au dépôt du 27e régiment de dragons. Le 19 juin, il est de nouveau hospitalisé. Du 2 octobre 1918 au 12 novembre 1919, il fait partie de la “mission tchécoslovaque”. Démobilisé le 5 décembre 1919, il se retire à Aumale (Seine-Inférieure / Seine-Maritime).

Le 24 décembre 1921, à Franconville (Seine-et-Oise), Renelde Lefebvre se marie avec Noëlle Lemercier, née le 7 octobre 1899 à Bethon (Sarthe), institutrice.

En 1924, Renelde Lefebvre est nommé instituteur-adjoint à Saint-Denis [2] (Seine / Seine-Saint-Denis).

Renelde et Noëlle ont un fils, Renelde Noël Émile, né le 9 avril 1925 à Sarcelles (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), où ils sont alors en poste.

En 1934, Renelde père est nommé directeur d’un petit groupe scolaire au 3 boulevard Galliéni à Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine) [3]. En 1937, il est nommé directeur d’un groupe scolaire du quartier du Bel-Air à Saint-Denis, au 19, route d’Aubervilliers (dénommée rue Danièle Casanova en février 1946), où son épouse est institutrice.

À partir du 1er octobre 1937 et jusqu’au moment de son arrestation, la famille est domiciliée dans un logement de fonction de l’école communale de garçons (aujourd’hui école élémentaire Jules Vallès) au 57, boulevard Jules-Guesde à Saint-Denis, entre l’église Saint-Denis-de-l’Estrée (l’Église Neuve) et le théâtre Gérard Philippe (ancienne salle des fêtes).

À gauche, les écoles du boulevard Jules-Guesde (alors bd de Châteaudun) dans les années 1900. Carte postale, coll. Mémoire Vive. Le tramway a aujourd’hui retrouvé son parcours d’antan…

Renelde Lefebvre père est adhérent du Syndicat des Instituteurs , affilié à la Confédération Générale du Travail (CGT), et siège au conseil d’administration de la Ligue dionysienne de l’Enseignement laïque , créée en 1876, reconnue d’utilité publique, et dont le siège social est situé dans l‘école où il loge, association rassemblant 371 membres. Avec quelques propos favorables au Parti communiste, cela lui vaut d’être considéré comme ayant des opinions de gauche.

Mobilisé le 25 mars 1940, il est affecté au DGT 24 au titre de ministère de l’Éducation nationale, Enseignement public, en qualité de directeur des cours techniques de Saint-Denis.

Au début de juillet 1941, son fils de seize ans, Renelde Noël, étudiant au lycée Condorcet, à Paris 9e, quitte furtivement le domicile de ses parents sans faire connaître le motif de son départ, qui est de rejoindre l’armée du général de Gaulle. Cherchant le contact avec un supposé réseau de passeurs à travers la Manche, il gagne seul le village de Fort-Mahon-Plage (Somme) sur la côte d’Opale à soixante kilomètres au sud de Boulogne. Il y fait la connaissance de deux frères venus du Vésinet, Christian (17 ans 1/2) et Guy Richard (15 ans 1/2), dont l’un d’eux est peut-être un ancien condisciple de Condorcet, et dont le père possède deux villas, et de autres deux frères, évacués de Douai, Jean-Paul (17 ans) et Pierre Lavoix (19 ans 1/2), qui venaient auparavant y passer des vacances en famille dans une villa de location en bordure de mer, et qui y sont réfugiés avec leur mère et leurs deux jeunes sœurs (ou trois jeunes frères). Au cours de l’année scolaire 1939-1940, les quatre garçons poursuivent leurs études dans le cours secondaire ouvert par l’Université de Lille à Fort-Mahon. Les frères Lavoix possèdent déjà un grand canoë “canadien” en bois récupéré sur la plage en juin 1940 et avec lequel tous s’entraînent, sous les yeux de soldats allemands. Depuis mai 1941, ils ont minutieusement préparé l’équipée qu’ils projettent – Christian Lavoix, notamment, qui veut s’engager dans la Marine : conditions de navigation, équipement et ravitaillement. Fin juillet, Renelde fils – dès lors appelé “Reynold” – rencontre Christian Richard et se joint à eux, apportant un fusil Lebel et 45 cartouches pris dans un dépôt d’armes allemand, et un canoë très abîmé qu’il a acheté sur place et qu’ils réparent ensemble (goudronnage) dans la cour de la villa occupée par la famille Lavoix. Après avoir logé chez une femme fréquentant de trop près les soldats allemands, Reynold s’était installé chez un pêcheur qui avait ensuite menacé de le dénoncer en apprenant son projet. Dès lors, il est recueilli et planqué pendant un mois par les frères Richard, à l’insu de leur père. Il doit abandonner son propre projet de partir rapidement avec un autre jeune quand celui-ci renonce. Le soir du 16 septembre à la nuit tombée, alors que la météo est enfin favorable, les cinq prennent la mer après avoir laissé passer une patrouille allemande, en évitant les postes de guet et en échappant aux vedettes garde-côtes. Après avoir traversé la Manche en deux jours, à la pagaie et à la voile, les deux canoës accostent à marée haute sous les falaises près de la station balnéaire d’Eastbourne (Sussex), où les garçons épuisés sont pris en charge par la police locale.