Roger MERCIER

Matricule 45870
decede
Portrait de Roger MERCIER
Roger Mercier adolescent, envoi de © Roger Garcia, son neveu. Source et crédits : Déportés politiques à Auschwitz.
Convoi 45000

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Roger, Charles, Mercier naît le 12 novembre 1923 à Reims (Marne), fils d’Eugène Mercier et de Victorine Rosso. Roger à quatre frères et sœurs, dont Marcel, Eugène, né le 21 octobre 1922 à Paris 13e. Leur père, ancien combattant de la guerre 1914-1918, a reçu trois blessures qui lui ont valu autant de citations et la Croix de guerre.

Au moment de son arrestation, Roger Mercier est domicilié chez ses parents au 26, rue Alphonse-Karr à Paris 19e. Il est célibataire (il n’a pas 18 ans quand il est arrêté…).

Il est apprenti lithographe, sans travail à partir de juin 1940. Il trouve peut-être ensuite un emploi de frigoriste. Sous l’occupation, il est actif dans un groupe de jeunes dirigé par Camille Bouvinet [1] et Ventura, et diffusant de la propagande communiste clandestine dans le 19e arrondissement.

Le 22 octobre 1940, à 5 h 30 du matin, – suite à une dénonciation – il est arrêté avec son frère Marcel à leur domicile par des policiers français. Sont également arrêtés « les camarades (René) Millet, Durand, Mario (Ripa – 46060), François du groupe des HBM 52 rue de l’Ourcq », les frères Varlet,. Tous sont conduits dans les locaux de la préfecture de police pour y être interrogés.

Tous sont inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et conduits le jour même au dépôt de la préfecture, puis, pour la plupart, écroués à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e) ; alors âgé de 16 ans, Roger Mercier est conduit au quartier des mineurs de l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Seine / Val-de-Marne) avant sa comparution devant la Justice (comme Alferd Varlet, 17 ans).

L’établissement pénitentiaire de Fresnes après guerre. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. (montage photographique)

Le 21 décembre 1940, ils comparaissent devant la chambre des mineurs (la 15e) du tribunal correctionnel de la Seine, où ont été convoqués les pères Mercier et Varlet, civilement responsables. Alors que son frère Marcel et Mario Ripa sont jugés et condamnés avec sursis, puis internés au CSS d’Aincourt, Roger Mercier est relâché – sans doute au bénéfice de l’âge : il vient d’avoir 17 ans – et remis à sa famille.

Les parents Mercier interviennent à plusieurs reprises auprès du préfet de police en soulignant l’état de santé très précaire de leur fils Marcel, resté en détention, qui souffre de problèmes cardiaques et rhumatismaux (polyarthrite) réactivés dès qu’il s’est trouvé à la Santé. Certificats médicaux à l’appui, ils argumentent : « Si notre fils devait rester plus longtemps au camp de concentration [sic] , sa vie serait mise en danger, et nous estimons que les faits qui lui sont reprochés ne doivent pas entraîner pour lui la peine capitale ». Dans une lettre du 24 mai 1942, profitant de la célébration de la fêtes des mères, Madame Mercier ajoute : « … je m’engage, si vous libérez mon fils Marcel, de le mettre dans un centre école du Maréchal Pétain, où, du reste, se trouve mon fils âgé de 17 ans ». Le diagnostic étant confirmé par le médecin du camp, le préfet de police rapporte son arrêté concernant Marcel le 28 juillet 1941. Celui-ci est libéré d’Aincourt quelques jours plus tard.

Le 28 avril 1942, Roger Mercier est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations collectives (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine, avec le concours de la police française, et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin ayant précédemment fait l’objet d’une procédure judiciaire, avec ou sans condamnation, notamment de jeunes mineurs ayant été remis à leur famille. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht ( Frontstalag 122 – Polizeihaftlager ). Roger Mercier y est enregistré sous le matricule 4118.

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, alignés transversalement, les six grands bâtiments du quartier C. Isolés par une clôture de barbelés, ils ont constitué le “camp juif” du 13 décembre 1941 au 6 juillet 1942. Ensuite, ils ont servi au regroupement des détenus pour le prochain convoi en partance. L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas). Carte postale. Coll. Mémoire Vive.