Roland PANNETRAT

Matricule 45946
decede
Photographie de Roland PANNETRAT
Extrait du PV d’inculpation — Source photo : https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2014/01/pannetrat-roland-jean/
Convoi 45000

Roland, Jean, Pannetrat naît le 15 décembre 1923 à Paris 11e (75), fils de Pierre Pannetrat, 32 ans, monteur en fer, et de Marguerite Pellé, son épouse, 27 ans, culottière à domicile. Roland a un frère aîné, Gilbert, né 21 décembre 1919 à Paris 20e.

Leur père est mobilisé au cours de la première guerre mondiale : titulaire de la Croix de guerre, de la Médaille militaire et de la Croix de combattant, sergent dans la réserve, il est pensionné à 10 % pour blessure de guerre.

Au moment de son arrestation, Roland Pannetrat habite encore chez ses parents, alors domiciliés dans une cité HBM [1] au 11, rue Édouard-Robert à Paris 12e, de même que son frère.

Pendant un temps, il travaille comme manœuvre (petite main ajusteur) à l’établissement des Eaux minérales de Vic-sur-Serre, aux entrepôts de Bercy (Paris 12e). À partir de juillet 1940, il est au chômage.

Avant-guerre, il est membre des Jeunesses communistes (JC).

Pendant la drôle de guerre (après la dissolution du Parti communiste ?), Roland Pannetrat est évacué dans le Cher, d’où il revient au début juillet 1940, après l’armistice.

Au début de l’occupation, son père, Pierre Pannetrat, « ancien trésorier de la 12e section de Paris-Ville » constitue « un centre de diffusion de tracts où [les militants viennent] s e ravitailler ». En septembre 1940, il demande à un voisin des HBM, ancien camarade de Parti, Ludovic G., 47 ans, veuf, qu’il considère comme moins exposé, d’entreposer dans son propre logement ce matériel de propagande clandestine, ainsi que des brochures. À la suite de quoi, des délégués de région du PC (restés anonymes) viennent à plusieurs reprises y effectuer des dépôts de tracts. Ludovic G. stocke également des exemplaires du journal des JC, L’Avant-Garde , diffusés par les jeunes militants du secteur, dont son fils, Raymond, 19 ans. Enfin, son appartement servant aussi de lieu de réunion pour un comité de chômeurs de l’arrondissement, Ludovic G. entrepose aussi des exemplaires de La Vie Ouvrière , organe de la CGT clandestine.

De son côté, Roland Pannetrat participe aux « réunions de propagande » des JC, dont certaines se tiennent dans la rue, près de la grille d’entrée des immeubles située au 10, rue Tourneux, sous la direction de Joseph Le Lagadec [2] (27 ans) et regroupant également Jean Canard [3], Raymond G., les frères Migdal, Armand et Jean Feldmann. Les membres du groupe diffusent leur journal et/ou des tracts, collent des papillons sur les murs du voisinage, ou y inscrivent à la craie des slogans comme « Thorez au pouvoir ». Le père de Roland Pannetrat est au courant de l’engagement clandestin de son fils.

En décembre 1940 et janvier 1941, la brigade spéciale des renseignements généraux constate « qu’une active propagande communiste [est] menée dans le 12e arrondissement » et surveille de très près un militant qui reçoit « à son domicile, rue de la Lancette, de nombreux individus » Surveillances et filatures permettent en effet de repérer plusieurs militants. Le 25 janvier, deux inspecteurs se présentent au domicile de Ludovic G. (15, rue Édouard-Robert, premier étage gauche, deux pièces). La perquisition opérée amène la découverte dans un coffre à charbon de 15 000 tracts ronéotypés divers (« scellé n° 1 […] conduit à la fourrière en raison de son volume et de son poids ») et, sur une table dans la chambre, de diverses brochures, de 90 Avant-Garde , de 70 tickets de souscription pour les chômeurs, et de 530 papillons gommés. Père et fils sont conduits dans les locaux des renseignements généraux, à la préfecture de police, pour y être interrogés, Ils admettent rapidement leur propre implication, et mettent en cause les membres de leur réseau qui leurs sont connus ; André Migdal parlera ultérieurement d’« un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires ». Ainsi, Raymond G. signe une liste nominative de tous leurs contacts (« Je certifie que les susnommés prennent part à la propagande clandestine es t [sic] qui venaient chez mon père chercher les tracts »). Sur cette liste figurent les trois frères Migdal et la famille Pannetrat. Tous sont appréhendés le lendemain, 26 janvier, à leurs domiciles respectifs. Sur Pierre Pannetrat, les inspecteurs de la BS 1 trouvent alors un carnet (de rendez-vous ?) et, dans l’appartement, 18 exemplaires du tract intitulé « Liberté pour les emprisonnés politiques ».

Dix-sept autres personnes sont arrêtées et interrogées à leur tour dans les bureaux des RG. La plupart démentent d’abord leur participation à l’activité de propagande clandestine. Mais, les dénégations des militants ne tiennent pas lors de leur confrontation avec le père et le fils G. qui persistent à les mettent en cause, ou lors des confrontations avec les premiers d’entre eux ayant “craqué” (situation vécue par Roland Pannetrat).

Le 26 janvier, après les divers interrogatoires et au vu des rapports des inspecteurs, considérant que leur activité « avait pour but la diffusion des mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou d’organismes s’y rattachant, par la distribution, la détention en vue de la distribution, l’apposition de tracts et de papillons d’inspiration communiste », le commissaire André Cougoule, chef de la brigade spéciale, officier de police judiciaire, inculpe seize personnes – dont les quatre membres de la famille Pannetrat – d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et les fait conduire au Dépôt, à disposition du procureur de la République (trois personnes étant laissées libres, aucun fait délictueux n’ayant été relevé à leur charge). Le, 28 janvier, Roland Pannetrat est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, Paris 14e.

Le 30 mai 1941, les seize inculpés de cette affaire comparaissent devant la chambre des mineurs (15e) du Tribunal correctionnel de la Seine ; trois pères ont été convoqués à l’audience comme civilement responsables. Roland Pannetrat est condamné à quatre mois de prison, son père à un an de prison et 100 francs d’amende (il se pourvoit en appel), son frère et sa mère sont relaxés ; « Il est bien apparu en effet que ceux-ci sont restés étrangers aux agissements du sieur Pannetrat. » Roland Pannetrat est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), quartier des mineurs, le jour-même.