Sophie LICHT

Matricule 31803
decede
Photographie de Sophie LICHT
TransportAquarelle
Convoi 31000

Sophie Schaub naît le 11 juin 1905 à Welferding ( Wölferdingen ) [1], en Moselle alors annexée par l’Empire allemand depuis 1871 (traité de Francfort). Après la Première Guerre mondiale, son père occupe un poste assez élevé aux Chemins de fer de l’Est.

À Thionville (Moselle), Sophie épouse Edgar Emmanuel Licht, né le 17 août 1900 dans cette ville, pharmacien ( Apotheker ), fils de juifs polonais. Le couple a deux enfants : Denise, née le 25 avril 1932, et Jean-Paul Armand, né le 5 janvier 1938, tous deux à Thionville.

En mai 1940, lors de l’Exode devant l’invasion allemande, Thionville est évacué. Les Licht se réfugient à Onzain [2], dans le Loir-et-Cher, habitant un pavillon dans la rue de la Ragadinière.

Le 10 octobre 1942, Sophie, son mari Edgar, les parents de celui-ci et leurs enfants sont arrêtés chez eux par les gendarmes du pays qui agissent – disent-ils – sur ordre des autorités d’occupation d’Orléans.

Pourquoi vient-on ainsi tout à coup les chercher, interroge Charlotte Delbo ? « Aujourd’hui nul ne peut le dire ; on a parlé de “contacts avec la BBC”… sans plus de précision. »

Détenue pendant trois jours à la prison de Blois, Sophie Licht en est extraite par la Feldgendarmerie pour être mise au secret à la prison d’Orléans. Un mois plus tard, le 13 novembre, au sein d’un groupe comptant six futures « 31000”, elle est transférée au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Elle y est enregistrée sous le matricule n° 1213.

Le fort de Romainville, vue du côté nord. À l’intérieur de l’enceinte, on distingue le haut du bâtiment de caserne. Carte postale oblitérée en 1915. Collection Mémoire Vive.

Sophie ne sait pas ce que devient sa famille, laquelle est internée au camp de Drancy (Seine / Seine-Saint-Denis).

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne : leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » ( transférée à Compiègne le 22.1 ). Le lendemain, Sophie Licht fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise .

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.