Yvonne COURTILLAT

Matricule 31799
decede
Photographie de Yvonne COURTILLAT
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz avant l’évacuation du camp en janvier 1945. Réalisé le 3 février 1943, le portrait d’immatriculation de cette détenue a disparu.
Convoi 31000

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz avant l’évacuation du camp en janvier 1945. Réalisé le 3 février 1943, le portrait d’immatriculation de cette détenue a disparu.

Yvonne, Marie Le Maguer naît le 30 mai 1911 à Languidic (Morbihan – 56), fille de Pierre Le Maguer, 30 ans, « domestique de ferme », et de Marie Le Mentec, 25 ans. Comptant trois enfants, la famille s’installe à Hennebont (56) au début de 1914.

La guerre éclate au début du mois d’août. Le père de famille – qui a accompli son service militaire en 1901 – est mobilisé comme soldat de 2e classe au 87e régiment d’infanterie. Le 21 novembre suivant, à l’ambulance n° 6 de Sainte-Ménéhould (Marne), il succombe des suites de blessures de guerre.

Yvonne est élevée à Hennebont.

Elle devient aide-soignante à l’hôpital de Béziers (Hérault). En 1933, elle épouse un de ses collègues, Georges Jean Courtillat, né le 17 janvier 1909 à Vierzon-Ville (Cher)..

En 1939, le couple quitte Béziers pour Vierzon (Cher), où le mari est employé à l’hôpital.

En septembre 1942, Yvonne Courtillat est arrêtée par la Gestapo alors qu’elle assure le passage de la ligne de démarcation entre zone occupée et zone “libre”. En effet, sa maison, rue Grelon à Vierzon, est située le long du Cher, en zone sud. Elle est probablement en liaison avec Gabrielle Bergin dont le café, Le Bois d’Yèvre , se trouve sur la rive opposée. Yvonne Courtillat est appréhendée au moment où elle franchit la rivière à gué pour aller chercher des gens qui l’attendent de l’autre côté, au moment même où elle met pied en territoire occupé. Elle a été dénoncée, comme Gabrielle Bergin. Elles sont probablement emprisonnées ensemble à Vierzon, puis à Orléans.

Le 13 novembre, elles sont toutes deux transférées au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, où Yvonne Courtillat est enregistrée sous le matricule n° 1208.

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador. © Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camion au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, Yvonne Courtillat et Gabrielle Bergin font partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police, à Paris). Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille.

Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).