Jean DOKTOR

Matricule 46316
decede
Photographie de Jean DOKTOR
Jean Doktor, in « Caen à Auschwitz » — Source photo : https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2010/07/doktor-jean-isaac/
Convoi 45000

Isaac, Jean, Doktor naît le 12 juin 1910 à Boguslav en Ukraine, dans la famille de sa mère, étudiante en médecine en France. Ses deux parents, Szmerel Doktor et Szifra Londowski, son épouse, Ukrainiens, étudient en France et vont y travailler, respectivement comme ingénieur et médecin.

Naturalisé Français en 1927, licencié en Droit et diplômé d’Économie politique, Jean Doktor devient contrôleur principal rédacteur des Contributions indirectes à Caen (Calvados – 14), rue Guillaume-le-Conquérant.

En 1934, il se converti au catholicisme afin de pouvoir épouser sa fiancée. Ils ont un fils, Claude, né le 30 avril 1935. Au moment l’arrestation du chef de famille, celle-ci habite au 41, rue Bicoquet à Caen.

Mobilisé en 1939, Jean Doktor est cité à l’ordre du régiment en juin 1940 avec attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Conformément à la loi de Vichy, il déclare son origine juive à la Préfecture de Caen et va devoir pointer chaque jour au commissariat. À la demande de son directeur, il ne s’y rendra qu’une fois par mois, car toute absence éventuelle serait immédiatement signalée par l’administration. Il ne pense pas qu’il est en danger.

Le 28 mars 1941, le régime de Vichy décrète que les Croix de guerre 1940 sont annulées : « Vous devez faire un dossier pour une nouvelle demande. »

En 1941, Jean Doktor adresse des documents au Commissariat Général aux Affaires Juives à Paris car, selon la législation, les Juifs qui avaient rendu de grands services à la Nation pouvaient ne pas être exclus de la Fonction publique. Il lui est répondu que cela n’entre pas dans le cadre de la loi. Il doit donc quitter les Contributions indirectes. Il trouve du travail, jusqu’à son arrestation, dans le service de contentieux d’une entreprise de travaux publics.

Le 27 février 1942, son nom figure sur une liste de 34 Juifs domiciliés dans la région du Calvados et de la Manche transmise par le SS-Hauptsturmführer Müller au SS-Obersturmführer Dannecker, à Paris. La note accompagnant cette liste précise qu’il est prévu d’arrêter 100 hommes juifs âgés entre 18 et 65 ans aux alentours de Caen afin de les interner, sans que la date d’arrestation ni le camp d’internement ne soient mentionnés.

A l’aube du 2 mai 1942, Jean Doktor est arrêté à son domicile par des policiers français, comme Juif : il figure sur une liste d’arrestations exigées par la Feldkommandantur 723 de Caen à la suite du déraillement d’un train de permissionnaires allemands à Moult-Argences (Airan) [1]. Il est conduit à la Maison centrale de la Maladrerie, à Beaulieu, quartier de Caen, où les détenus sont d’abord entassés dans les cellules punitives du “mitard”. Dans la matinée, Jean Doktor monte dans une nouvelle cellule qu’il partage avec Armand Bernheim, Marcel Cimier et Marc Pecker. Le 3 mai en fin d’après-midi, remis aux autorités d’occupation, ils sont conduits dans deux autocars, sous forte surveillance française et allemande, vers le “petit lycée », où sont regroupés les otages venant de différentes villes et villages du Calvados. Ils sont interrogés, notamment sur l’attentat d’Airan, et y passent la nuit.

Le 4 mai, après avoir été informés par un sous-officier allemand qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés, certains peuvent rencontrer brièvement leur famille. Jean Doktor voit sa femme et son fils. Plusieurs des anciens collègues de Jean Doktor aux contributions indirectes sont devant la porte du “petit lycée” pour lui témoigner leur amitié. En soirée, il fait partie du groupe de détenus transportés en cars et camions à la gare de marchandises de Caen pour embarquer dans deux wagons à bestiaux.

Le train arrive le lendemain 5 mai au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), Frontstalag 122. Là, Jean Doktor peut écrire et recevoir des colis en nombre limité (lettre du 27 juin).

Entre le début mai et la fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages communistes et une cinquantaine d’otages juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (suivant un ordre direct d’Hitler).