Jeanne Borderie naît le 27 mars 1912 au Chambon, près d’Anglars-de-Salers, dans le Cantal, où ses parents exploitent une petite ferme. Son père est tué au front au début de la Première Guerre mondiale. Sans ressources, sa mère gagne la région parisienne pour travailler en usine ; Jeanne et sa sœur sont alors placées dans une institution religieuse à Senlis.
À quatorze ans, Jeanne entre en apprentissage chez Christofle à Saint-Denis. Elle y reste jusqu’en 1939 et devient contrôleuse d’argenterie. Elle épouse Maurice Alexandre, ajusteur-outilleur de précision dans le même établissement. Le couple habite Eaubonne et a un fils. En 1942, l’enfant, âgé de trois ans et demi, est confié à la sœur de Jeanne.
Maurice, connu sous le pseudonyme « Robert », est responsable technique des Francs-tireurs et partisans pour l’Île-de-France. Il fabrique du matériel de sabotage, notamment des dispositifs de déraillement et des engins incendiaires. Jeanne transporte des armes et de la dynamite ; elle assure également les liaisons entre son mari et les responsables politique et militaire de l’organisation régionale.
Le 15 décembre 1942, Jeanne et Maurice se rendent séparément à un rendez-vous porte des Lilas. La personne attendue a été arrêtée la veille et de nombreux policiers les encerclent. La perquisition de leur domicile clandestin permet la découverte de 400 kilos de dynamite. Trente-trois combattants sont arrêtés au cours de la même opération.
Conduits à la préfecture de police, les époux sont interrogés sans relâche. Jeanne entend les policiers torturer Maurice dans une pièce voisine afin de la faire parler. Le 24 décembre, ils sont transférés au quartier allemand de Fresnes. Jeanne est ensuite conduite à Compiègne, d’où elle part le 24 janvier 1943 avec les 230 femmes du convoi.
Le train arrive à Auschwitz le 26 janvier au soir. À Birkenau, Jeanne est enregistrée sous le matricule 31779, tatoué sur son avant-bras gauche. Le 3 février, elle est photographiée à Auschwitz-I selon les trois vues anthropométriques. Elle meurt le 8 mars 1943, d’après l’acte établi par l’administration SS, quatre semaines après son arrivée. Elle a trente et un ans.
Maurice survit à sa propre déportation, mais revient mutilé et n’apprend la mort de Jeanne qu’à la fin de 1945. Derrière le matricule 31779 demeure une ouvrière qualifiée, épouse et mère, qui transporte du matériel clandestin et assure des liaisons décisives. Le visage conservé par les photographies d’Auschwitz rend aujourd’hui son identité pleinement visible.