Jeanne Louise Couteau naît le 13 juillet 1901 à Paris, de père non déclaré. Elle grandit à Bagnoles-de-l’Orne et obtient son certificat d’études. En 1923, elle épouse Marcel Pineau, maréchal-ferrant ; le couple tient ensuite un hôtel. Leur union prend fin et Jeanne partage plus tard la vie de Louis Pisetta, ouvrier et militant communiste à Tours.
Pendant l’Occupation, Jeanne travaille comme cuisinière et Louis comme chauffeur sur le terrain d’aviation de Parçay-Meslay réquisitionné par la Luftwaffe. Tous deux diffusent des tracts, collent des affiches et participent à l’organisation communiste clandestine. Louis fait circuler des textes en français parmi les ouvriers et en allemand auprès des soldats d’occupation.
Le 4 août 1942, à trois heures du matin, les autorités allemandes arrêtent Jeanne et Louis à leur domicile, au moment où ils rentrent d’une activité nocturne. Jeanne est incarcérée à la maison d’arrêt de Tours. Début novembre, elle est transférée avec dix-sept autres femmes de Touraine vers Paris, puis conduite au fort de Romainville sous le matricule 1167.
À Romainville, les Tourangelles connaissent d’abord une nuit glaciale dans une casemate, mais reçoivent nourriture et tisane de détenues déjà présentes. Le 23 janvier 1943, Jeanne rejoint Royallieu puis le convoi du 24 janvier. À Auschwitz, elle reçoit le matricule 31772, tatoué sur l’avant-bras, et son triptyque est réalisé le 3 février.
Après une nuit d’attente dans une baraque d’accueil, elle entre à Birkenau. Une détenue expérimentée avertit les nouvelles arrivantes d’éviter le Revier aussi longtemps que possible. Jeanne subit toutefois le typhus et doit y être admise. Dans ce lieu surpeuplé, presque dépourvu de soins, la maladie devient rapidement mortelle.
Jeanne succombe au début d’avril 1943 ; la notice ne donne pas de jour précis. Sa famille apprend sa mort au printemps 1945 par Hélène Fournier, seule rescapée des vingt Tourangelles déportées dans ce convoi. Cette annonce orale, portée par une survivante, remplace les informations que les familles n’avaient jamais reçues des autorités.
Louis Pisetta est déporté à Buchenwald en janvier 1944 et revient très affaibli en avril 1945. Il garde une santé fragile jusqu’à sa mort en 1968. Jeanne demeure, quant à elle, liée au groupe des résistantes de Tours : une cuisinière qui, après ses journées de travail, transformait les nuits en temps d’action clandestine.