Joséphine, ou Giuseppina, Bizzarri naît le 21 septembre 1903 à Roquefort-la-Bédoule, dans les Bouches-du-Rhône. Ses parents, Ruffino Bizzarri et Caroline Gatti, sont probablement des travailleurs agricoles saisonniers italiens. Après la mort de sa mère et le remariage de son père, elle est placée dans un orphelinat religieux près de Rome, où elle poursuit ses études et apprend la broderie.
À vingt et un ans, elle rejoint en France sa sœur Hélène. Française par sa naissance, elle parle et écrit parfaitement le français. Le 15 mai 1926, à Paris, elle épouse Claude Umido, artisan cordonnier. Leur fille Christiane naît en 1931. La famille habite un petit pavillon de Bois-Colombes, où Claude tient son atelier et fabrique notamment des sandales sur mesure.
Sous l’Occupation, Claude appartient à un groupe de résistants. En décembre 1942, la police remonte jusqu’à un garage qu’il loue, après l’arrestation d’un autre militant. Les inspecteurs y découvrent un véhicule et des armes. Le 19 décembre, ils perquisitionnent le domicile des Umido et arrêtent le couple. Joséphine est interrogée pendant dix jours à la préfecture de police.
Alors que Claude est frappé, elle ne fournit aucun renseignement susceptible de l’incriminer et affirme ignorer ses activités clandestines. Tous deux sont remis aux autorités allemandes et incarcérés séparément à Fresnes le 30 décembre. Le 23 janvier 1943, Joséphine rejoint à Royallieu les femmes destinées au convoi du lendemain. Le surnom « Mado », retenu par Charlotte Delbo, lui est probablement associé.
Le 24 janvier, Joséphine et Claude partent dans le même train, les femmes dans les quatre derniers wagons. À Halle, le convoi est séparé : les hommes sont dirigés vers Sachsenhausen, les femmes vers Auschwitz. Elles arrivent le 26 janvier au soir et gagnent Birkenau le lendemain. Joséphine y est enregistrée sous le matricule 31848, immédiatement tatoué sur son avant-bras.
Elle disparaît très rapidement dans le camp. L’acte de décès établi par l’administration SS indique le 11 mars 1943 à Birkenau. Des documents administratifs français ont ensuite retenu d’autres dates, notamment le 29 janvier, tandis qu’une première notice mentionne le 23 mars. Faute de témoignage direct, les circonstances précises de sa mort demeurent inconnues.
Sa fille Christiane contribue, des décennies plus tard, à rapprocher Joséphine de la « Mado » restée sans nom dans le récit du convoi. Cette identification prudente redonne une histoire familiale à la déportée 31848. Derrière ce matricule demeure une mère, brodeuse de formation, qui protège son mari durant les interrogatoires et laisse une enfant de onze ans.