Lina Kuhn, dont le nom est parfois orthographié Kuhne ou Khune, naît le 8 janvier 1896 à Sainte-Marie-aux-Mines, alors appelée Markirch dans l’Alsace annexée à l’Empire allemand. Elle est la fille de Karl, ou Raoul, Kuhn et de Wilhelmina Graff, deux prénoms que la notice donne avec réserve. De religion probablement luthérienne, elle parle très vraisemblablement allemand. Elle a un frère, Albert, né en 1899.
Pendant l’Occupation, Lina vit à Paris et est liée à Roger Mirande, membre du réseau de renseignement Johnny. Ce réseau transmet à Londres des informations sur les mouvements de la marine allemande. Les sources divergent légèrement sur la chronologie : Charlotte Delbo situe l’arrestation de Lina en février ou mars 1942, tandis que Roger Mirande est arrêté le 1er avril au 46, rue du Colisée. Leur relation exacte et le lieu précis de l’interpellation restent à établir.
Lina est détenue en cellule individuelle et au secret à la maison d’arrêt de La Santé, puis dans le secteur allemand de la prison de Fresnes. Le 19 novembre 1942, elle est transférée avec plusieurs autres résistantes au fort de Romainville. Elle y reçoit le numéro 1190 et est assignée à la salle 106. Cette succession de prisons témoigne d’une détention contrôlée par les autorités allemandes.
Les 22 et 23 janvier 1943, les femmes de Romainville sont acheminées vers le camp de Royallieu à Compiègne. Le 24 janvier, 230 détenues montent dans les quatre derniers wagons d’un convoi où se trouvent aussi plus de 1 400 hommes. Après Halle, les wagons féminins gagnent Auschwitz. Le 27 janvier, les femmes marchent jusqu’à Birkenau et entrent dans le camp en chantant La Marseillaise.
Lina Kuhn est immatriculée sous le numéro 31795, tatoué sur son avant-bras gauche. Après deux semaines de quarantaine au Block 14, elle est transférée au Block 26 avec les autres « 31000 ». Les détenues y subissent le froid, la faim, l’entassement et les départs vers les commandos de travail. Sa photographie anthropométrique prise à Auschwitz-I a été conservée.
Charlotte Delbo rapporte qu’un soir Lina vient lui confier qu’elle possède un secret. Une bousculade les sépare avant qu’elle puisse parler. Le lendemain, Lina entre au Revier, le quartier des malades du camp. Elle y meurt au début de mars 1943, à quarante-sept ans. La notice ne donne pas de date exacte et le contenu du secret qu’elle voulait transmettre reste définitivement inconnu.
Après la guerre, le nom de Lina Khune est inscrit avec ceux de Marie Alizon, Marguerite Chavaroc et Roger Mirande sur une plaque commémorant les morts du réseau Johnny à Kerfeunteun, aujourd’hui rattachée à Quimper. Cette inscription relie son destin individuel à l’histoire du renseignement résistant. Sa fiche conserve les variantes de son nom et les incertitudes des sources, tout en établissant son parcours de Paris à Romainville, puis à Auschwitz où elle disparaît.
