Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Le 3 juin 1922, à la mairie de Montreuil-sous-Bois, Louise Marié épouse Raymond Losserand, né le 22 août 1903 à Paris 2e, artisan fourreur à son compte, réalisant à domicile des manteaux pour des fabriques.
Leur divorce est prononcé le 3 janvier 1927. Raymond Losserand, alors âgé de 23 ans et domicilié au 17, rue du Départ, se remarie sept semaines plus tard, à la mairie du 14e, avec une téléphoniste de 22 ans. Mais cette nouvelle union ne durera pas non plus…
Au printemps 1937, Marcel Paul renonce à son mandat de conseiller municipal – pour lequel il n’avait pas été volontaire – afin de se consacrer entièrement à son importante activité syndicale à la tête de la CGT du gaz et de l’électricité. Le 29 mai, aux élections complémentaires qui s’ensuivent, le Parti communiste présente la candidature de Raymond Losserand (domicilié dans cette circonscription) qui est élu.
Sisteron, la citadelle dans les années 1900. Carte poste, collection Mémoire Vive.
Le 16 septembre, vingt-deux hommes et une femme, France Sérazin, sont déférés pour une première audience devant le Tribunal militaire allemand du Gross Paris, siégeant rue Boissy-d’Anglas (Paris 8e). Le jugement est rendu le 30 septembre : cinq sont condamnés à des peines de prison et vingt-trois à la peine de mort pour activité de francs-tireurs, dont Raymond Losserand, Henri Douillot, Gaston Carré, Marie Émile Besseyre et France Bloch-Sérazin. Celle-ci, avec trois hommes, dépose un recours en grâce qui leur fait bénéficier d’un sursis.
Le 21 octobre, quinze condamnés, dont Raymond Losserand, sont fusillés au champ de tir du ministère de l’Air à Issy-les-Moulineaux, dit aussi stand de tir de Balard [3]. Le 10 décembre, France Bloch-Sérazin sera déportée vers la prison de Lübeck, puis guillotinée à la prison Wallanlagen (Hostenglacis) de Hambourg, le 12 février 1943, avant d’avoir 30 ans.
Les épouses de ces résistants n’ont pas comparu devant le tribunal. Mais, le 10 juillet précédent, Carl Oberg, chef supérieur de la SS et de la police (HSSPf) en France a édicté un avis affiché sur les murs : « … j’ai constaté que ce sont surtout les proches parents des auteurs d’attentats, des saboteurs et des fauteurs de troubles qui les ont aidés avant ou après le forfait. Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères non seulement les auteurs d’attentats, les saboteurs et les fauteurs de troubles eux-mêmes une fois arrêtés, mais aussi , en cas de fuite, aussitôt les noms des fuyards connus, les familles de ces criminels , s’ils ne se présentent pas dans les dix jours après le forfait à un service de police allemand ou français. Par conséquent, j’annonce les peines suivantes : 1.) Tous les proches parents masculins en ligne ascendante et descendante ainsi que les beaux-frères et cousins à partir de 15 ans seront fusillés. 2.) Toutes les femmes du même degré de parenté seront condamnées aux travaux forcés . 3.) Tous les enfants, jusqu’à 17 ans révolus, des hommes et des femmes frappés par ces mesures seront remis à une maison d’éducation surveillée … »
Le 27 octobre, Louise Losserand fait partie du groupe de femmes prises dans cette affaire – Antoinette Besseyre, Yvonne Carré, Charlotte Douillot et Rolande Vandaele… – qui sont transférées au camp du fort de Romainville, sur la commune des Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, gardé par la Wehrmacht . Elle y est enregistrée sous le matricule n° 1096.
Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandises d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.
Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.
Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol, est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues. Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible de s’assoir. Photo Mémoire Vive.