Marcelle, Fernande, Micheline, Mardelle naît le 19 novembre 1914 à Perrusson, près de Loches (Indre-et-Loire), fille de Marcel Mardelle, 30 ans, charpentier-entrepreneur (employant un ouvrier en 1921), fils de charpentier, et de Fernande, 23 ans, son épouse. Michel, frère aîné de Marcelle, est né deux ans plus tôt, le 29 février 1912. Marcelle est la nièce de Maurice Mardelle, charpentier, poète et littérateur local.
Marcelle va à l’école jusqu’au brevet supérieur, parle anglais, et un témoignage familial pense qu’elle devait être enseignante ou éducatrice.
L’école de Perrusson. Carte postale écrite en 1916. Collection Mémoire Vive.
En 1965, dans son livre éponyme Le convoi du 24 janvier (ayant souvent servit de base à ce qui s’est écrit ensuite sur les “31000” d’Auschwitz-Birkenau), Charlotte Delbo relatera la suite de son destin ainsi : « Elle avait épousé un vétérinaire installé à Tours. En 1941, son mari qui était dans une organisation de résistance a été arrêté. Relâché, il a repris sa place au combat, mais en entrant dans la nuit. Marcelle Laurillou a quitté sa maison de Tours pour aller habiter chez ses parents à Amboise avec ses deux enfants qui avaient huit et six ans ».
L’auteure le précise elle-même : elle a rédigé cette courte biographie à partir de renseignements collectés par Hélène Fournier, seule survivante des vingt Tourangelles déportées dans ce convoi. Mais comment celle-ci a-t-elle obtenu ces informations ? Qui a-t-elle contacté ? Car les recherches menées en archives par Thérèse Gallo-Villa et publiées en mai 2019 sur le site TharvA invalident nombre des faits rapportés.
Le 1er juin 1933, à la mairie de Loches, Marcelle Mardelle épouse Marcel Julien Laurillou, né le 16 septembre 1908 à Loches, fils de cultivateur et menuisier de voitures. En 1934, leur fils Jacky naît à Perrusson.
En 1936, le couple et leur premier fils vivent chez les parents Mardelle à Perrusson. Marcel travaille alors comme menuisier avec son beau-père.
Marcel et Fernande Mardelle vont ensuite s’installer à Amboise, où ils résident en 1942.
À partir de juin 1940, Marcel Laurillou est ouvrier menuisier à la CIMT à Saint-Pierre-des-Corps (37).
Quand Marcelle Laurillou est arrêtée, son couple, en conflit, est déjà séparé. Elle-même est allée vivre chez ses parents à Amboise et a engagé une procédure de divorce. En attendant une décision de justice, Son mari conserve la garde de leurs enfants, qui seront élevés par leurs grands-parents paternels.
Quand s’installe l’Occupation allemande, à l’été 1940, une partie du cours du Cher délimite la ligne de démarcation entre zone occupée et zone “libre”, de Villeneuve-sur-Cher en amont jusqu’à Bléré en aval. Le passage de la rivière doit s’opérer clandestinement pour les prisonniers évadés, les personnes voulant retrouver de la famille en zone libre, les volontaires pour rejoindre Londres via l’Espagne ou le Portugal, les Juifs, puis les réfractaires au STO, etc. Pour ce passage, les secteurs de Bléré et de Montrichard sont particulièrement appropriés : proximité de Paris, présence de transports, étroitesse du Cher avec de nombreux îlots, gués et écluses. On passe la rivière en barque, à gué, sur le manteau d’une écluse, ou par les points de contrôle sur les ponts, caché dans un véhicule, déguisé en paysan ou ouvrier, etc.
Groupes et individus recherchent des filières d’évasion : certaines d’entre-elles partent des frontières nord, d’autres commencent à Paris, les dernières sont à trouver sur place.
