Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.
Marguerite Marcelle Béziau naît le 28 novembre 1909 à Saintes, en Charente-Inférieure. Son père, chauffeur de locomotive, meurt lorsqu’elle a quinze ans. Après le certificat d’études, elle doit travailler sans apprentissage et devient vendeuse. À dix-sept ans, elle épouse Alexandre Lemasson, cheminot chaudronnier. Le couple, installé rue Pont-Amillon, est connu pour son engagement communiste.
Le 27 mars 1942, Marcelle et Alexandre accueillent chez eux Octave Rabaté, responsable clandestin porteur de fausses cartes d’identité. Lorsque la police surgit, Rabaté tente de dissimuler le matériel et Alexandre s’échappe par une fenêtre. Marcelle est arrêtée avec plusieurs camarades, puis interrogée durant quatre jours par la brigade mobile de Bordeaux.
Le groupe est transféré à Paris le 1er avril pour de nouveaux interrogatoires. Marcelle passe par le dépôt de la préfecture, puis par le quartier allemand de la Santé. Le 24 août, elle rejoint le fort de Romainville avec un groupe de résistantes communistes et y reçoit le matricule 671. Alexandre, arrêté à son tour en août, sera également déporté.
Le 22 janvier 1943, Marcelle est transférée à Royallieu, puis déportée de Compiègne deux jours plus tard. Elle arrive à Auschwitz le 26 et entre à Birkenau le lendemain. Enregistrée sous le matricule 31670, elle est photographiée à Auschwitz-I le 3 février. Les premières semaines imposent la quarantaine, la faim, le froid et les corvées.
Marcelle survit à Birkenau et participe à la solidarité organisée entre les Françaises. Le 2 août 1944, elle fait partie des trente-cinq « 31000 » transférées à Ravensbrück. Le 2 mars 1945, elle repart avec trente-deux compagnes vers Mauthausen, en Autriche, après un voyage éprouvant de trois jours.
Libérée à Mauthausen, elle quitte le camp le 22 avril 1945 dans un convoi de la Croix-Rouge. Le groupe gagne la Suisse, puis la France, et arrive à Paris le 30 avril. Son mari Alexandre, passé notamment par le Kommando de Gusen, est libéré le 5 mai. Tous deux reviennent donc de déportation.
Marcelle Lemasson retrouve après-guerre Saintes et la vie laissée derrière elle. Sa photographie policière d’avril 1942 et son portrait d’immatriculation d’Auschwitz ont été conservés. Derrière le matricule 31670 demeure la jeune vendeuse devenue résistante, arrêtée parce que son foyer protégeait des clandestins et le matériel nécessaire à leurs fausses identités.