Marguerite RICHIER

Née Cardinet
Matricule 31840
🕊️ Morte en déportation
Triptyque d’immatriculation de Marguerite Richier à Auschwitz
Marguerite Richier photographiée à Auschwitz-I le 3 février 1943. © Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau / Mémoire Vive.

Marguerite Cardinet naît le 16 octobre 1879 dans le cinquième arrondissement de Paris. Elle passe une partie de son enfance à Lahaymeix, dans la Meuse. Le 29 août 1900, elle épouse Victor Richier, instituteur. Le couple fonde une famille nombreuse dont les enfants, devenus adultes, s’engagent pour plusieurs d’entre eux dans le mouvement communiste et la Résistance.

Pendant l’Occupation, la famille Richier sert de point d’appui à l’action clandestine. Ses filles Odette et Armande participent notamment à la diffusion de matériel et ses fils connaissent eux aussi la surveillance ou l’arrestation. Marguerite, déjà âgée de plus de soixante ans, reste au centre de cette solidarité familiale, en assurant accueil et soutien.

Le 16 octobre 1942, jour de ses soixante-trois ans, Marguerite est arrêtée avec ses filles après qu’Odette a été prise en transportant des tracts. Les trois femmes sont détenues à Saint-Quentin. Leur arrestation illustre la politique allemande visant non seulement les militants, mais aussi leurs proches, considérés comme un même milieu à réprimer.

Le 15 janvier 1943, Marguerite est transférée au fort de Romainville avec Odette et Armande. Elle y reçoit le matricule 1445. Quelques jours plus tard, toutes trois rejoignent Royallieu puis le convoi du 24 janvier. La mère et ses deux filles arrivent ensemble à Auschwitz et entrent à Birkenau le 27 janvier.

Marguerite est enregistrée sous le matricule 31840. Son triptyque d’immatriculation, réalisé le 3 février à Auschwitz-I, a été retrouvé et identifié bien plus tard. À son âge, le froid, la faim, l’appel interminable et l’absence de soins la frappent avec une violence immédiate. Elle ne survit que quelques semaines dans le camp.

Elle meurt à Birkenau le 16 février 1943. La brièveté de sa déportation témoigne de la mortalité extrême subie par les femmes les plus âgées du convoi. Odette et Armande meurent elles aussi en déportation. La répression enlève ainsi à la famille trois femmes de deux générations, tandis que d’autres proches poursuivent le combat ou subissent la prison.

La photographie de Marguerite, longtemps restée parmi les visages non identifiés, est finalement rapprochée de portraits civils et de la mémoire familiale. Elle ne restitue pas seulement un nom au matricule 31840 : elle rappelle une mère arrêtée avec ses filles parce que la maison et les liens familiaux étaient devenus les supports d’une résistance collective.